Editorial

undefined J'ai conçu ce blog comme un outil de proximité et de démocratie, pour vous permettre aussi bien de vous informer sur les problématiques locales et nationales que de m'interpeller sur les sujets qui vous tiennent à coeur.

Après plus de deux ans d'existence, le blog c'est : 100 000 visiteurs uniques, des centaines de milliers de pages lues, près de 400 articles, des centaines de commentaires.

Plus que jamais : intervenez, réagissez, prenez position ! La démocratie, tout comme ce blog, est faite pour ça.

Bonne lecture à vous !

 

Lundi 28 novembre 2005 1 28 /11 /2005 16:15
                              Monsieur le Président, Chers Collègues,
 

Lors de notre séance plénière d’hier, nous avons fait le bilan de 30 ans de politique culturelle volontariste du Conseil Régional. Ce bilan, tout le monde l’a souligné, est largement positif :
 
-         notre région est la première pour la participation financière par habitant,
-         l’aménagement culturel du territoire s’est réalisé, le public s’est développé grâce au soutien et à l’investissement des artistes et des acteurs culturels.
 
Grâce à l’action en faveur de la culture et du savoir, nous avons relevé ce terrible défi de la destruction de notre tissu industriel, de l’effondrement des valeurs sociales et culturelles liées à notre histoire économique et nous pouvons être légitimement fiers de ce que nous avons collectivement accompli.
 
Par contre tous les intervenants ont souligné qu’il restait des inégalités à corriger : inégalités territoriales mais aussi inégalités sociales d’accès à la culture. Tous ont souhaité un élargissement des publics.
 
Aujourd’hui, les violences urbaines que nous avons connues sont pour une part l’œuvre de ces publics victimes des ségrégations urbaines sociales et culturelles. Elles nous rappellent avec force que la démocratisation culturelle est loin d’être réalisée. Ces faits soulignent par leur brutalité que malgré tous nos efforts il reste encore beaucoup à accomplir.
 
Ces violences sont condamnables mais elles révèlent le désarroi d’une jeunesse qui ne se sent pas reconnue dans ses pratiques culturelles, qui se sent privée d’avenir et qui ne croit plus aux valeurs de la république parce que l’ascenseur social ne fonctionne plus.
 
Bien sûr, ces violences ont une explication dans les discours stigmatisant du Ministre de l’Intérieur, dans la diminution des crédits de la politique de la Ville, dans la disparition des emplois jeunes qui permettaient aux communes en partenariat avec les associations de mener des actions sociales et culturelles en faveur des populations de ces quartiers. En fait, ces violences révèlent une crise latente qui couvait et qu’un pompier pyromane n’a fait qu’allumer la rendant ainsi plus visible.
 
René Vandierendonck nous a maintes fois rappelé l’état de détresse sociale et culturelle profonde des quartiers en politique de la ville. Il soulignait l’urgence qu’il y avait à trouver des réponses à cette bombe à retardement.  Son engagement résolu pour contractualiser avec l’ANRU nous permet aujourd’hui d’avoir les moyens de mettre en œuvre une ambitieuse politique de renouvellement urbain.
 
Fabriquer de l’urbain, c’est produire de l’humain mais toute opération d’urbanisme si juste soit-elle, ne peut à elle seule résoudre les problèmes des jeunes et plus largement ceux des habitants de ces quartiers. Elle est une condition nécessaire pour améliorer les conditions de vie, mais elle n’est pas suffisante pour répondre à leur besoin de reconnaissance pour produire de la cohésion sociale, pour amener à l’écoute des autres, pour en faire des acteurs de leur avenir, c'est-à-dire des citoyens.
 
Seule la culture au-delà de l’enrichissement nécessaire qu’elle procure permet l’ouverture au monde, à l’imaginaire des autres. Elle est ainsi à même de fournir à chacun les outils de compréhension du monde sans lesquels il n’y a pas de citoyenneté, de respect des autres et donc de cohésion sociale.
 
C’est pourquoi nous devons saisir l’opportunité de ces opérations de renouvellement urbain pour mener simultanément une action culturelle résolue en direction de ces quartiers. C’est là que se trouvent ceux qu’on appelle pudiquement les nouveaux publics. Ils ont pour beaucoup été laissés à l’écart du développement culturel, à coté de la culture savante. Ils ont crée leur propre culture : Hip Hop, Rap, Musique Actuelles avec lesquels ils nous disent leur détresse que nous n’avons pas su entendre. Finalement leur expression n’est rien moins que ce que le Jazz ou le Blues ont été pour les populations noires victimes des ségrégations urbaines et sociales.
 
Aujourd’hui, nous devons conforter le bel édifice culturel que nous avons construit mais nous avons aussi l’impérieuse nécessité de réorienter notre politique culturelle vers les publics des quartiers populaires. C’est à la fois une question d’émancipation des hommes et des femmes de ces quartiers, une question de cohésion sociale mais aussi une question d’efficacité économique car il ne peut y avoir de développement durable tant que subsistent des inégalités sociales et culturelles.
 
A l’évidence, nous avons de beaux temples culturels bien fréquentés et il faut les préserver ; nous avons des acteurs culturels exigeants, nous avons des artistes qui innovent dans leur choix esthétiques pour intégrer dans un esprit pluridisciplinaire les formes d’expression contemporaines issues de ces pratiques culturelles spontanées.
 
Ainsi les frontières entre danse contemporaine et Hip Hop s’estompent, le cirque spectacle populaire fait bon ménage avec le théâtre contemporain, les arts de la rue transdisciplinaires s’adressent spontanément au plus grand nombre, le multimédia s’impose dans les cultures émergentes. C’est en soutenant ces nouveaux outils artistiques portés par des artistes exigeants soucieux d’aller à la rencontre des publics populaires, c’est en favorisant financièrement leur accès aux lieux de culture institutionnels, c’est en développant l’éducation artistique et culturelle que nous réduirons les fractures culturelles et sociales.
 
Il faudra donc réorienter nos moyens en direction de ces disciplines, en direction des quartiers. Il faudra aussi aider les artistes, les médiateurs, les associations qui se reconnaissent dans cette démarche. Nous devons le faire en partenariat avec les communautés d’agglomération ou les communautés de communes.
 
Michel Delebarre nous disait que c’était bien de faire un bilan mais qu’il fallait aussi parler d’avenir. Ces orientations doivent nous permettre de conforter le paysage culturel existant mais aussi de le compléter par ces actions innovantes et exigeantes en direction des publics populaires.
 
C’est à ce prix que nous élèverons le niveau culturel de l’ensemble de la population de notre région sans exclusive et que nous ferons de chacun d’entre nous, quelque soit son origine sociale ou géographique, un acteur de la construction de la société du savoir et de la connaissance qui est notre nouvel horizon.
 
 
Daniel Boys
 
Par Daniel Boys - Publié dans : Politique locale et régionale
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Image au hasard

Rechercher

Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus