Mercredi 7 décembre 2005
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Le blog m’a permis de vous faire part, il y a trois semaines de cela, de mon sentiment sur les violences urbaines. Je dénonçais notamment l’hérésie de la politique gouvernementale consistant à ne s’attaquer qu’aux seules conséquences visibles d’un phénomène social aux causes complexes.
Depuis lors, la droite s’est trouvé un coupable pour le moins inattendu : la polygamie.
Reprenant la diatribe d’Hélène Carrère d’Encausse devant les médias russes, les responsables politiques de la majorité actuelle ont en effet identifié la polygamie « comme une cause des violences urbaines ». Ces propos ont été notamment confirmés par le ministre délégué à la radiation des chômeurs (pardon, « à l’emploi ») Gérard Larcher et par le ministre de la répression intérieure (pardon, « de l’intérieur ») Nicolas Sarkozy.
Sur quoi est donc basée cette affirmation ? Absolument rien. Aucune étude sociologique, aucuns travaux d’aucune sorte ne viennent étayer cette thèse pour le moins fumeuse. Par contre, le plus simple bon sens vient la contredire : la polygamie est un phénomène ultra marginal en France*, qui s’accorde donc mal avec la réalité et l’ampleur des violences urbaines que nous avons connues. En sciences sociales, cela s’appelle une corrélation fallacieuse, c'est-à-dire un lien de cause à effet censé tout justifier mais qui n’existe tout simplement pas. Dans notre région et dans beaucoup d’autres, très loin des clichés Sarkozistes, bien des auteurs des violences urbaines sont ce qu’il est convenu d’appeler des français « de souche ». Tous ont néanmoins un point commun : le cumul de la misère. Une misère tout à la fois sociale, culturelle et éducative issue des quartiers abandonnés en premier lieu par ceux qui veulent nous faire croire que la seule solution passe par un « nettoyage au Karcher », y compris des moyens alloués aux établissements scolaires classés en ZEP.
Aussi, lorsque Le Figaro, dans un de ses articles anonyme dont il a le secret, relate la déshérence d’une famille de polygame avec ses 60 enfants pour appuyer une généralité intangible, c’est de la pure désinformation digne de la riche prose des Minute, National Hebdo, Présent ou Rivarol. L’analogie avec les plus sombres heures de notre histoire sont frappantes : d’un cas particulier on fait une généralité qui porte l’opprobre sur toute une communauté identifiée comme délinquante et anti-sociale par nature. Ce fut notamment le cas des immigrés italiens, polonais, espagnols au début du XXéme siècle. A l’aurore du XXIéme siècle, ce sont maintenant les noirs, les immigrés d’Afrique du Nord qui sont les indésirables, qui sont les polygames délinquants, qui sont donc la « crasse » car c’est bien cela que l’on « nettoie au Karcher ». Ce type de raisonnement par analogie, en mettant tous les émeutiers sur un même plan basé sur des considérations ethniques, revient immanquablement à faire le lit du racisme, de la ségrégation et de la stigmatisation.
Exagérations diront certains, élucubrations dirait le Ministre de l’Intérieur... Mais si nous mettons bout à bout les petites phrases, les sous-entendus dispersés insidieusement depuis plusieurs mois par les responsables de l’UMP, aucun doute n’est possible : la boite de pandore du Lepénisme s’ouvre de plus en plus. 2007 n’y est pas pour rien, j’ai eu l’occasion de le rappeler. Doit-on pour autant tout accepter jusqu’à renier ce qui fait nos valeurs depuis des siècles pour de simples considérations électoralistes ? Sûrement pas. Le Front National n’est pas la France et ne l’a jamais été.
Alors qu’Héléne Carrère d’Encausse, Nicolas Sarkozy et leurs amis flattent les plus bas et primaires instincts, la gauche s’attelle à construire des réponses aux problèmes des banlieues. Bien entendu, elles seront considérées à priori comme laxistes par la droite. A cela, je réponds que les seuls laxistes sont ceux qui n’ont pas le courage politique de s’attaquer aux causes profondes de la misère, d’où la violence prend sa source.
*Selon les chiffres 2004 de la Direction des Populations et des Migrants du Ministère des Affaires Sociales, on estime que la polygamie concernerait entre 8 000 et 15 000 familles en France. Depuis 1993, la loi empêche les étrangers polygames d’immigrer en France, de bénéficier du regroupement familial ou de droits sociaux.