Editorial

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Lundi 24 juillet 2006 1 24 /07 /2006 10:08

J’étais intervenu sur le blog, en février dernier, pour exprimer mon inquiétude devant les conséquences politiques de la victoire du Hamas aux élections législatives Palestiniennes. Depuis, en l’espace de 5 mois, la situation politique et diplomatique de la région s’est graduellement mais inexorablement dégradée. Au Liban, le cycle de la violence a franchi une nouvelle étape dramatique. De nouveau enfoncé dans le chaos et la désolation, sa population vit actuellement une troisième guerre en à peine 30 ans. Les douloureuses images de ce pays en ruines, qui venait tout juste de reconstruire ses infrastructures, de relancer son économie, de redevenir une destination touristique, ne peuvent que nous donner un profond sentiment d’injustice.

L’injustice que j’évoque, c’est bien entendu celle vécue par le peuple Libanais, dont la très grande majorité sont totalement étrangers à ce conflit. Une nouvelle fois, ils sont les victimes collatérales d’enjeux géopolitiques qui ne les concernent pas. Ainsi, chaque jour qui passe apporte son lot d’atrocités et, au moment où j’écris ces lignes, c’est déjà plusieurs centaines d’hommes, de femmes et d’enfants qui ont été tués par les bombardements. Il a fallu 15 ans pour reconstruire le Liban, il aura fallu 15 jours de guerre pour le détruire à nouveau.

Comment en est-on arrivé là ?

Au-delà des faits que tout le monde connaît, c'est-à-dire l’enlèvement de deux militaires israéliens par le Hezbollah, on ne peut comprendre la réaction israélienne sans appréhender le contexte global du Proche-Orient. Ce contexte est d’une telle complexité que toutes les pages du blog ne suffiraient pas à en appréhender toutes les subtilités. Néanmoins, je vous propose d’en dégager les quelques grandes lignes qui pourront aider à la compréhension de la situation actuelle.

Le Liban est un état multiconfessionnel aux équilibres fragiles. Le sud du pays est tenu par une puissante milice chiite, le Hezbollah, créée en 1982 pour récupérer les terres occupées par Israël suite à l’intervention « Paix en Galilée ». Soulignons que le Hezbollah ne saurait être considéré comme représentatif du Liban. En effet, les chiites ne représentent qu’environ ¼ de la population totale du pays. En outre, la population chiite libanaise ne se reconnaît pas totalement dans le  Hezbollah. Ainsi, aux dernières élections législatives, le « Parti de Dieu » n’a obtenu que 11% des suffrages.

A défaut d’avoir une grande assise populaire, si le Hezbollah dispose d’une telle puissance, c’est parce qu’il est soutenu et financé par la Syrie et l’Iran.

L’alliance Hezbollah - Syrie est avant tout politique. En effet, la Syrie n’a jamais totalement fait son deuil de la Grande Syrie, amputée dès les années 1920 d’une large partie stratégique de sa façade maritime par la constitution du Liban en république autonome. Malgré le retrait -contraint et forcé- de leurs troupes d’occupation en 2005, la Syrie n’a pas perdue toute velléité de domination sur le pays. Or, le principal instrument de la domination syrienne sur le Liban, c’est bien le Hezbollah.

La nature de l’alliance entre l’Iran et le Hezbollah est, de son coté, avant tout religieuse. Le Hezbollah se réclame en effet de la révolution iranienne. Son objectif politique est d’instaurer un régime similaire au Liban. Selon les experts, l’Iran ne serait pas totalement étranger aux récentes provocations du Hezbollah à l’encontre d’Israël. Il est vrai que ces événements tombent finalement assez bien pour le régime des mollahs, dont les ambitions nucléaires passent désormais au second plan des préoccupations internationales.

Israël à t’il eu raison d’intervenir ?

Le Hezbollah, en tant que groupe armé radical, est un obstacle majeur à la paix au Proche-Orient, à la stabilité du Liban et doit donc être mis hors d’état de nuire. C’est une évidence. La  résolution 1559 de l’ONU, relative au désarmement des milices libanaises, doit être respectée. Israël à droit, comme tout autre état souverain, à sa sécurité. Néanmoins, on peut légitimement s’interroger sur l’efficacité à moyen et long terme des moyens coercitifs actuellement usités et, surtout, de leur proportionnalité par rapport à la réalité de la menace.

La fin ne saurait justifier les moyens. En voulant désarmer le Hezbollah, Israël détruit le Liban. C’est humainement inacceptable et politiquement dangereux. Le recours à une telle violence, aussi absolue qu’aveugle, ne peut qu’attiser les ressentiments des Libanais et des populations arabes voisines à l’encontre d’Israël. Le Hezbollah sortira, sans aucun doute, exsangue de cette guerre. Il est néanmoins à craindre que sa cause, aussi infondée soit-elle, ne s’en trouve que renforcée...

Par Daniel Boys - Publié dans : Politique internationale
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