Editorial

undefined J'ai conçu ce blog comme un outil de proximité et de démocratie, pour vous permettre aussi bien de vous informer sur les problématiques locales et nationales que de m'interpeller sur les sujets qui vous tiennent à coeur.

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Plus que jamais : intervenez, réagissez, prenez position ! La démocratie, tout comme ce blog, est faite pour ça.

Bonne lecture à vous !

 

Politique internationale

Lundi 29 octobre 2007

Amigas, Amigos,

Je vous écris de Buenos Aires où je suis arrivée vendredi et où j’ai rencontré Cristina Kirchner, candidate favorite de l’élection présidentielle argentine. Ne soyez pas surpris par la graphie de cette petite lettre depuis l’hémisphère sud : je l’ai tapée pour partie sur un clavier espagnol qui ne comporte pas les mêmes signes et, après transfert sur un “azerty” francophone, les corrections laissent certainement à désirer ¡

Vendredi, donc, arrivée dans cette ville qui est vraiment l’une des plus belles du monde. Les valises sont restées à l’escale de Sao Paulo mais qu’importe ¡ Il faut savoir voyager léger...

J’ai rendez-vous à 17 heures avec Cristina, dans sa résidence privée. Son avance sur les autres candidats est telle que tout le monde la donne gagnante, la seule question étant de savoir si ce sera dès le premier tour ou a l’issue du second.

La campagne s’arrêtant le vendredi, Cristina a prévu de partir jusqu’à dimanche, jour du vote, en Patagonie, la région dont elle a été longtemps l’élue et dont son mari, Nestor Kirchner, a été le gouverneur avant d’être Président de la République argentine. Là-bas, dans la ville de Calafete, a 3.500 km de Buenos Aires, elle a sa maison, ses bases.

Elle a repoussé son départ pour me recevoir et j’en suis très touchée.

Nous nous étions vues en février à Paris lorsque j’étais en campagne, nous avions surtout parlé de la France, je suis heureuse de lui rendre, dans son pays, cette politesse amicale. Cette fois-ci, nous avons surtout parlé de l’Argentine dont je trouve le redressement économique spectaculaire et l’expérience politique de ces dernières années très intéressante dans un monde en pleine recomposition.

Je suis curieuse de voir de plus près comment un pays plein de potentiel mais acculé à la faillite par le dogme du “consensus de Washington” a repris ses affaires en mains en s’affranchissant de cette idéologie ultra-libérale et en redonnant à l’Etat un rôle d’impulsion et de régulation.

C’est un débat qui traverse aujourd'hui toute l'Amérique latine, majoritairement gouvernée à gauche. Des gauches différentes, bien sûr, qui sont loin d'être d’accord sur tout. Mais des gauches qui, pour beaucoup, savant bien que si le marché est un bon serviteur, il est un mauvais maître… Des gauches qui ont tiré les leçons des tentatives de passage en force des années 70 et des coups d Etat qui, sur fond de guerre froide, les ont noyées dans le sang. Des gauches qui ont montré qu’elles sont, plus que la droite, capable d’entraîner l’électorat centriste et de nouer des alliances à vocation majoritaire.

Ces questions, des pays comme l’Argentine, le Chili où je serai demain, le Brésil et bien d’autres se les posent dans ce vaste sous-continent qui est un des laboratoires de notre modernité. Elles nous intéressent directement car ce que nous vivons n’est pas simplement une époque de changements : c’est un changement d'époque. Le monde entier est à la recherche d’un modèle de développement qui conjugue croissance économique, responsabilité et même investissement environnemental, réduction des inégalités et, à l'échelle de la planète, partage plus équitable du pouvoir dans une perspective forcement multipolaire.

J’ajoute que l’Amérique latine s’illustre aussi, ces derniers temps, par l’accès au pouvoir de catégories qui en furent longtemps bannies : les femmes, les Indiens, les syndicalistes, les militants de la “génération sacrifiée” victime de la répression des dictatures militaires. Et se pose, elle aussi, la question des formes que pourrait prendre son intégration régionale et la question du rééquilibrage de sa relation avec les Etats-Unis.

Raison de plus pour aller y voir de près et retrouver Cristina à un moment privilégié où l’histoire est en train de se faire et où nous pouvons parler très librement.

Nous nous embrassons chaleureusement et nous installons côte à côte sur un divan. Je la retrouve comme dans mon souvenir : élégante et déterminée. Je la questionne sur la situation économique de son pays. Nous évoquons la croissance très dynamique de l’Argentine alors qu il y a 5 ans à peine, elle connaissait une crise économique, financière et sociale qui s’était traduite par un effondrement de plus de 11% de son produit intérieur brut, par un endettement record (111 milliards d’euros) sans capacité de remboursement, par une paupérisation massive des couches moyennes et un basculement de 50% de la population en dessous du seuil de pauvreté. Aujourd’hui, la croissance tourne autour de 8%, 2,5 à 3 millions d’emplois ont été recréés, la dette de l’Etat a été restructurée par des mesures rigoureuses qui portent leurs fruits, le prêt jadis accordé par le FMI a été remboursé par anticipation en même temps que le gouvernement de Nestor Kirchner s’affranchissait de cette désastreuse tutelle. La devaluation du peso naa pas debouché sur l’adoption du dollar et, si douloureuse qu’elle ait initialement été, a fouetté l’essor de l’industrie nationale et des investissements en renchérissant le coût des importations.

Bien sûr, Cristina en est très consciente, tout n’est pas réglé. L inflation est forte, les inégalités se sont creusées même si le taux de pauvreté et le chômage ont beaucoup reculé, l’insecurité énergetique reste une faiblesse de l’économie argentine. Comme me l’explique Cristina, le rationnement de l’énergie qu il a fallu imposer aux entreprises après un hiver tres froid, “nous a coûté un point de croissance”. Elle souligne l’importance de cette “équation énergétique” pour l’avenir du pays et ironise sur ceux qui diabolisent Hugo Chavez, le president d’un Venezuela gros producteur de pétrole avec lequel l’Argentine a passé des accords de fourniture : “il faut, me dit-elle en riant, être intelligents ¡” plutôt que dogmatiques, coopérer n’est pas s’aligner et, clin d’oeil aux Européens qui courtisent la Russie, “sur le plan énergetique, Chávez n’est pas pire que Poutine ¡”. Elle souhaite aussi approfondir la cooperation avec le Brésil, premier partenaire énergtique de l’Argentine, et faire valoir aux investisseurs brésiliens que le taux de change leur est favorable.

Quand je l’interroge sur l’inflation, elle reconnait que c’est un vrai problème mais, ajoute-t-elle, “il ne faut pas confondre une inflation sans croissance et une inflation avec croissance, ce n’est pas la même chose”, point de vue certes hétérodoxe pour les adeptes des monnaies fortes a tout prix, y compris au détriment de la croissance et de l’emploi, mais choix politique assumé, même si le gouvernement argentin a gelé les tarifs publics et imposé un contrôle des prix dans la grande distribution. L'évaluation du niveau d’inflation est aujourd'hui vivement débattue en Argentine où certains accusent les statistiques officielles de la sous-estimer. Pour Cristina, le chiffre de 11% d inflation correspond à la réalité. Elle souligne que le chiffre du FMI n’est supérieur que d’un point (12%) et que, “si l’inflation atteignait 20% ou 25%, comme certains l’ont dit pendant la campagne électorale, les gens seraient déjà descendus dans la rue ¡”.

Elle m’explique aussi comment elle souhaite promouvoir, par une négociation tripartite entre l’Etat, les entreprises et les représentants des salaries, ce qu’elle appelle “un nouveau modèle d’accumulation” qui englobe, au delà des salaires et des prix, toutes les dimensions d’une croissance plus équitablement partagée. J y vois des points communs avec ce que, durant ma campagne, j’ai appelé “un nouveau modèle de croissance”.

Visiblement, Cristina n’accepte pas que les grands bailleurs de fonds internationaux ramènent l’Argentine à une situation dont elle s’est arrachée. Elle me dit qu’il n’est pas question, pour elle, d’accepter les conditions mises par le Club de Paris à la renégociation de la dette argentine : l’avis du FMI, c’est à dire le retour sous la tutelle dont l’Argentine n’a eu de cesse de s’affranchir ¡ Ce n’est, me dit-elle, pas admissible économiquement et pas admissible politiquement. L’Argentine a fait de gros efforts de désendettement pour assainir sa situation et récupérer la maitrise de son destin, pas question que le Club de Paris la tire en arrière. Cristina me dit qu elle n’a pas l’intention de se laisser faire, qu’elle est allée discuter avec les Allemand et les Japonais, principaux créanciers de son pays. Elle me dit en riant espérer que Dominique Strauss-Kahn, désormais à la tête du FMI, aura à cœur d’en changer les mœurs et les pratiques impérieuses et ravageuses, son pays en sait quelque chose, pour ceux qui se conforment à ses diktats. Je lui dis que, compte tenu de la personnalité et de l’expérience de DSK, cet espoir me parait fondé.

Nous évoquons également ce préjugé tenace, sous toutes les latitudes, qui veut qu’en matière économique, les femmes politiques soient toujours soupçonnées de moins s y connaitre que leurs homologues masculins. Je lui raconte que c’est arrivé à Angela Merkel jusqu’à ce que les milieux économiques s’aperçoivent qu’elle était fort compétente. Cristina me dit avoir multiplié les contacts avec les chefs d entreprise parce qu’elle sentait bien qu’ils s’inquiétaient de savoir quelle était, sur ces sujets, sa vision des choses. Elle entend poursuivre la bataille pour le redressement économique de l’Argentine que Nestor Kirchner a engagée avec détermination et succès. “Nous avons, me dit-elle, parfaitement intégré les règles macro-économiques de base, cela va de soi. Mais qu’on ne vienne pas me raconter que l’économie est une science exacte, c’est une science sociale et humaine ¡”. Nous nous accordons sur cette idée qu’il n’y a pas de loi d’airain qui priverait la politique de toute marge de manœuvre.

Nous évoquons aussi les perspectives de la croissance mondiale, les déséquilibres de l’économie américaine, les errements du système financier globalisé dont la récente crise des “subprimes” a montré les dangers. Cristina estime que le système a atteint un tel degré de sophistication qu’il échappe a tout contrôle. Les fonds d’investissement, parce qu’ils se soustraient à toute régulation, deviennent un facteur d’instabilité économique, sociale et même politique. Or que se passe-t-il quand une crise se propage ¿ C est l’Etat qui doit limiter les dégâts comme l’a fait, me dit Cristina, le gouvernement anglais en volant au secours d’une de ses grandes banques en perdition. Nous sommes l’une et l’autre bien d’accord que la crise financière de l’été est un avertissement. Il y a urgence à bâtir des mécanismes de régulation. Pour elle comme pour moi, c’est clair : la mondialisation, loin de disqualifier les Etats, appelle de nouvelles formes d’intervention de la puissance publique pour en saisir toutes les opportunités et, en même temps, se protéger des risques d’une financiarisation aveugle et livrée a elle-même.

Au fil de la conversation, nous abordons aussi les questions agricoles, très importantes pour l’Argentine dont les exportations alimentaires (soja, riz, maïs, vin, viande) tirent la croissance, sur fond d’explosion des cours mondiaux et de besoins croissants des marchés émergents de Chine et d’Inde. Cristina a l’habitude de souligner que ces marchés sont une chance pour son pays car il est impossible de ne compter que sur l’Occident “qui exige que nous payons nos dettes mais bloque nos importations en subventionnant sa propre agriculture”.

C’est une question que je me suis souvent posée, je la pose à Cristina : qu’as-tu appris de ton pays au fil de cette campagne ¿ “Je l’ai, me dit-elle, vraiment sillonné dans tous les sens et j’ai découvert en lui, malgré toutes les difficultés qu’il a affrontées et affronte encore, une réserve d’optimisme et une formidable capacité de changement. Un changement qui prend appui sur les résultats de ces quatre dernières années et qui nous pousse à inventer un autre modèle que celui qui a dévasté nos régions et ruiné notre compétitivité. Quand je suis allée, par exemple, dans la région viticole de Mendoza, j’ai été frappée par la rapidité de sa métamorphose : une zone jadis sinistrée par un taux de change peu favorable pour nos exportations et qui est aujourd’hui entièrement reverdie, couverte de vignes qui produisent et exportent un excellent vin”. Pour elle, c’est un exemple parmi d’autres du dynamisme des Argentins et de leur capacité à remonter la pente dès lors que l’Etat lève les obstacles à la croissance.

Nous parlons aussi des questions relatives à la sécurité, qui deviennent, là-bas comme ici, une préoccupation plus forte. Cristina me dit que l’Argentine, comme le Chili et l’Uruguay, jouissent d’un niveau de sécurité appréciable par rapport à des pays comme le Brésil ou le Mexique. Cependant, la société argentine éprouve un sentiment d’insécurité qu’il faut prendre au sérieux et qui a à voir avec l’extrême insécurité sociale des années de crise et avec le trafic de drogue, en particulier d’un sous-produit particulièrement meurtrier de la cocaïne. Je me retrouve dans sa manière d’aborder ces sujets. Sa conviction est qu’on ne peut isoler le traitement de la sécurité du règlement des autres problèmes qui inquiètent les Argentins : “il n y aura pas de sécurité, me dit-elle avec conviction, sans résoudre les problèmes d’emploi, d’éducation, de santé, de justice, de corruption”. Comme moi, elle pense que tout se tient.

Nous parlons de nos expériences respectives de campagne et je lui demande son pronostic. Prudente, elle me répond : “j’ai mené beaucoup de campagnes électorales et je sais qu’on n a jamais gagné une élection avant six heures du soir ¡ Il faut d'abord compter et recompter tous les bulletins de vote avec humilité…”.

Nous plaisantons des remarques machistes que nous avons, l’une et l’autre, essuyées en campagne. Nous nous souvenons d’Angela Merkel et de Michelle Bachelet qui, elles non plus, n'avaient pas été épargnées. Cristina me dit que tout cela l’atteint peu, qu’elle a déjà une longue expérience politique, qu’elle a été élue députée et sénatrice bien avant que son mari soit Président de la République. Elle me dit qu'elle a décidé une fois pour toutes d'être elle-même : une femme politique à part entière, qui assume et sa féminité et sa combativité. Nous tombons d’accord sur le fait que, face à ces combats d’arrière-garde, mieux vaut ne pas s’abaisser à répondre aux attaques.

Je ne peux pas tout vous raconter ici par le menu car, en une heure d’entretien, nous avons parlé de bien des choses : des droits des femmes, en particulier de l’accès à la contraception, du fait que l’Argentine n’est pas un Etat laique au sens où, en France, nous l’entendons, des droits de l’homme et de tout le travail mémoire et de justice accompli sur les années de dictature. De choses plus personnelles aussi, comme la façon dont nos enfants ont vécu nos campagnes. Cela m’a amusée car ce que son fils a demandé une fois à Cristina – “est ce qu’un jour on sera enfin seuls ¿2 -, un de mes fils ou une de mes filles aurait pu me le dire dans les mêmes termes¡

Cristina m’a aussi interrogée sur la France et sur les perspectives de la gauche. Nous avons plaisanté sur l’étrange fascination que semble exercer M. Bush sur un certain type d’hommes politiques européens : Aznar, Berlusconi, auxquels cela n a pas porté bonheur. Un autre aussi, peut-être, plus près de nous... J’ai été frappée de ce qu’elle m’a dit sur la violence du rejet dont les Etats-Unis font aujourd’hui l’objet dans toute l’Amérique latine. Un rejet, selon elle, plus fort encore que celui des années 60 ou 70. C’est le triste résultat de l’administration américaine, alors même que Bill Clinton avait réussi à redresser l’image de son pays.

C’était un échange franc, amical. Je l’ai remerciée d’avoir, dans la dernière ligne droite de sa campagne, pris le temps de cette conversation. Nous nous sommes embrassées et souhaité bonne chance.

J’ai repensé, en la quittant, à cette phrase de Borgès, immense écrivain argentin, dont j’avais emporté un livre et qui exprime “la conviction que le combat peut être une fête”. Cela me va.

J’ai eu, depuis, d’autres passionnantes rencontres que je vous raconterai, notamment avec la Centrale des Travailleurs Argentins, une organisation syndicale indépendante, pluraliste, combative, dont j’ai rencontré la direction nationale, aguerrie dans les années de lutte contre la dictature. Leur démarche d’affiliation individuelle des travailleurs précaires et de ceux de l’économie informelle, très développée en Argentine, m’a paru extrêmement intéressante mais je vous raconterai tout ça un eu plus tard car là, j’ai rendez-vous avec les Mères de la Place de Mai.

Hasta luego ¡


Ségolène Royal

Buenos Aires.

Par Daniel Boys
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Mardi 12 juin 2007

Par Daniel Boys
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Mardi 9 janvier 2007

Marie-Hélène Labbé, spécialiste des questions stratégiques, défend le traité de non-prolifération.
Par Jean-Dominique MERCHET
QUOTIDIEN : vendredi 22 décembre 2006 - Libération (page 6)

Marie-Hélène Labbé, professeur à l'Institut d'études politiques de Paris, vient de publier le Grand Retour du nucléaire (éd. Frison-Roche). Cette juriste, spécialiste des questions stratégiques, revient sur les contraintes du traité de non-prolifération (TNP).

L'Iran a-t-il le droit de développer son industrie nucléaire civile ?

Non, car l'Iran viole clairement ses engagements en matière de non-prolifération, comme l'a constaté l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique) en septembre. Or, le TNP n'accorde pas un droit inaliénable au développement du nucléaire civil, comme on le croit souvent. Il s'agit d'un droit conditionnel qui dépend du respect de la non-prolifération en matière militaire. A partir du moment où un pays s'en affranchit, par exemple en relançant la conversion de l'uranium comme le fait l'Iran, ce droit tombe.

Vous êtes donc d'accord avec Ségolène Royal, qui refuse à l'Iran le droit au nucléaire civil ?

Cette position a un sens. Juridiquement, elle n'est pas infondée, et elle me semble moralement justifiée. En revanche, sur le plan de l'opportunité politique, c'est beaucoup plus risqué. Malgré les arguties et les palinodies de l'Iran, il serait dangereux d'enterrer le TNP. Car cela ouvrirait la porte à des scénarios très très sombres...

Peut-on vraiment interdire à un pays qui le souhaite de passer du nucléaire civil au nucléaire militaire ?

Bien sûr que non. Ces technologies sont liées. Même en France, où le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) est à la fois civil et militaire. Le Japon fait clairement savoir qu'avec son industrie civile il ne lui faudrait pas longtemps pour se doter d'une bombe, s'il le souhaitait. Et les six pays du Golfe, avec l'Arabie Saoudite, viennent d'annoncer qu'ils se lançaient à leur tour dans le nucléaire civil...

Il y a donc des risques graves de prolifération en cas de disparition du TNP ?

En réponse à une bombe iranienne, la Turquie et l'Arabie Saoudite pourraient s'engager dans cette voie. Et, en Asie orientale, le Japon, la Corée du Sud ou Taiwan...

Que peut-on faire pour l'éviter ?

Je crois à l'efficacité des sanctions économiques. Mais encore plus au verrou technologique : les Iraniens peinent vraiment à enrichir leur uranium. Il ne faut surtout pas les aider à se doter des technologies, même civiles. Il ne faut toutefois pas désespérer totalement. Britanniques et Américains sont parvenus à convaincre la Libye du colonel Kadhafi de renoncer à ses programmes d'armes de destruction massive. Et l'Afrique du Sud a démantelé son arsenal nucléaire à l'occasion d'un changement de régime, à la fin de l'apartheid.


Pour en débattre, rendez-vous sur le forum !

Par Daniel Boys
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Lundi 18 décembre 2006
Salvador Allendre - Président du Chili 1970-1973
La mort de Pinochet est l’occasion pour tous les démocrates de rendre hommage au Président Chilien Salvador Allende, lâchement assassiné le 11 septembre 1973.

Une cérémonie, auquel j’ai participé, a été organisée à cette occasion au lycée Salvador Allende de Béthune. Je souhaite poursuivre cet hommage en vous proposant de voir ou revoir le remarquable court métrage de Ken Loach, sur l’autre 11 septembre.



 

Coup d'Etat Chili 1973
Vidéo envoyée par sybelium
 
 
Par Daniel Boys
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Mardi 12 décembre 2006

Augusto Pinochet est mort Pour l’immense majorité des Chiliens, Pinochet était un traitre. Un traitre à son pays, d’abord, pour avoir renversé par la force le gouvernement légitime du Président Allende auquel il avait juré fidélité trois semaines auparavant. Un traitre à la démocratie, ensuite, pour avoir instauré l’une des pires dictatures d’Amérique du Sud. Un traitre à l’humanisme, enfin, pour avoir assassiné, torturé et fait disparaitre des dizaines de milliers d’opposants.

Aucun démocrate ne le regrettera, bien évidemment. Devons-nous, pour autant, nous réjouir de sa mort ? Je ne le crois pas. D’abord, parce que la différence entre Pinochet et moi, c’est que je ne me réjouis pas de la mort d’un homme. Ces termes, que je ne fait qu’emprunter, sont d’un rescapé des geôles chiliennes. Ensuite et surtout, parce que Pinochet n’a jamais été officiellement jugé pour ses crimes.

L’impunité judiciaire éternelle d’un dictateur sanguinaire. Voilà la seule chose que nous regretterons de la mort de Pinochet. Il nous reste néanmoins le jugement moral qui, lui, est implacable, sans appel ni libération sous caution.

Si la mort du Généralissime Pinochet ne devait nous évoquer qu’un seul souvenir, ce serait celui des milliers qui sont tombés pour la liberté du peuple chilien. Contrairement à leur bourreau, ils sont morts sans les honneurs militaires, mais sous les balles des militaires. C’est pour eux que nous nous devons de ne jamais oublier ce qui s’est passé le 11 septembre 1973 au Chili. C’est pour eux, également, que nous nous devons de soutenir les familles des victimes dans leur combat pour qu’ait lieu un procès de la junte militaire, dont nombre des acteurs sont encore bien vivants.

Par Daniel Boys
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Lundi 24 juillet 2006

J’étais intervenu sur le blog, en février dernier, pour exprimer mon inquiétude devant les conséquences politiques de la victoire du Hamas aux élections législatives Palestiniennes. Depuis, en l’espace de 5 mois, la situation politique et diplomatique de la région s’est graduellement mais inexorablement dégradée. Au Liban, le cycle de la violence a franchi une nouvelle étape dramatique. De nouveau enfoncé dans le chaos et la désolation, sa population vit actuellement une troisième guerre en à peine 30 ans. Les douloureuses images de ce pays en ruines, qui venait tout juste de reconstruire ses infrastructures, de relancer son économie, de redevenir une destination touristique, ne peuvent que nous donner un profond sentiment d’injustice.

L’injustice que j’évoque, c’est bien entendu celle vécue par le peuple Libanais, dont la très grande majorité sont totalement étrangers à ce conflit. Une nouvelle fois, ils sont les victimes collatérales d’enjeux géopolitiques qui ne les concernent pas. Ainsi, chaque jour qui passe apporte son lot d’atrocités et, au moment où j’écris ces lignes, c’est déjà plusieurs centaines d’hommes, de femmes et d’enfants qui ont été tués par les bombardements. Il a fallu 15 ans pour reconstruire le Liban, il aura fallu 15 jours de guerre pour le détruire à nouveau.

Comment en est-on arrivé là ?

Au-delà des faits que tout le monde connaît, c'est-à-dire l’enlèvement de deux militaires israéliens par le Hezbollah, on ne peut comprendre la réaction israélienne sans appréhender le contexte global du Proche-Orient. Ce contexte est d’une telle complexité que toutes les pages du blog ne suffiraient pas à en appréhender toutes les subtilités. Néanmoins, je vous propose d’en dégager les quelques grandes lignes qui pourront aider à la compréhension de la situation actuelle.

Le Liban est un état multiconfessionnel aux équilibres fragiles. Le sud du pays est tenu par une puissante milice chiite, le Hezbollah, créée en 1982 pour récupérer les terres occupées par Israël suite à l’intervention « Paix en Galilée ». Soulignons que le Hezbollah ne saurait être considéré comme représentatif du Liban. En effet, les chiites ne représentent qu’environ ¼ de la population totale du pays. En outre, la population chiite libanaise ne se reconnaît pas totalement dans le  Hezbollah. Ainsi, aux dernières élections législatives, le « Parti de Dieu » n’a obtenu que 11% des suffrages.

A défaut d’avoir une grande assise populaire, si le Hezbollah dispose d’une telle puissance, c’est parce qu’il est soutenu et financé par la Syrie et l’Iran.

L’alliance Hezbollah - Syrie est avant tout politique. En effet, la Syrie n’a jamais totalement fait son deuil de la Grande Syrie, amputée dès les années 1920 d’une large partie stratégique de sa façade maritime par la constitution du Liban en république autonome. Malgré le retrait -contraint et forcé- de leurs troupes d’occupation en 2005, la Syrie n’a pas perdue toute velléité de domination sur le pays. Or, le principal instrument de la domination syrienne sur le Liban, c’est bien le Hezbollah.

La nature de l’alliance entre l’Iran et le Hezbollah est, de son coté, avant tout religieuse. Le Hezbollah se réclame en effet de la révolution iranienne. Son objectif politique est d’instaurer un régime similaire au Liban. Selon les experts, l’Iran ne serait pas totalement étranger aux récentes provocations du Hezbollah à l’encontre d’Israël. Il est vrai que ces événements tombent finalement assez bien pour le régime des mollahs, dont les ambitions nucléaires passent désormais au second plan des préoccupations internationales.

Israël à t’il eu raison d’intervenir ?

Le Hezbollah, en tant que groupe armé radical, est un obstacle majeur à la paix au Proche-Orient, à la stabilité du Liban et doit donc être mis hors d’état de nuire. C’est une évidence. La  résolution 1559 de l’ONU, relative au désarmement des milices libanaises, doit être respectée. Israël à droit, comme tout autre état souverain, à sa sécurité. Néanmoins, on peut légitimement s’interroger sur l’efficacité à moyen et long terme des moyens coercitifs actuellement usités et, surtout, de leur proportionnalité par rapport à la réalité de la menace.

La fin ne saurait justifier les moyens. En voulant désarmer le Hezbollah, Israël détruit le Liban. C’est humainement inacceptable et politiquement dangereux. Le recours à une telle violence, aussi absolue qu’aveugle, ne peut qu’attiser les ressentiments des Libanais et des populations arabes voisines à l’encontre d’Israël. Le Hezbollah sortira, sans aucun doute, exsangue de cette guerre. Il est néanmoins à craindre que sa cause, aussi infondée soit-elle, ne s’en trouve que renforcée...

Par Daniel Boys
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Vendredi 14 avril 2006

Le suspens aura duré quelques dizaines d’heures et donné quelques sueurs froides aux partisans des deux camps avant que ne tombent les résultats définitifs : L’Unione, la coalition de centre-gauche menée par Romano Prodi, a remporté la majorité à la Chambre et au Sénat.

Il s’en est fallu de très peu pour faire pencher la balance électorale, tout le monde l’a souligné.

Pourtant, ces cinq années de Berlusconisme ne laisseront pas un souvenir impérissable y compris dans son propre camp. Il serait néanmoins très exagéré d’affirmer que Berlusconi a tout raté pendant son mandat. Pour être précis, il aura réussi deux choses. Uniquement deux choses, mais elles sont de plus haute importance : d’abord, ses liftings et implants capillaires qui lui donnent l’air de sortir tout droit du Musée Grévin, ensuite et surtout, la nouvelle loi électorale -à l’origine taillée sur mesure pour son parti- qui a finalement permis à la gauche de l’emporter. Pour cela, « Il Cavalere » mérite un hommage particulièrement appuyé, je profite donc de l’occasion qui m’est donnée pour l’en féliciter chaleureusement !

Plus sérieusement, au vu du bilan calamiteux de Berlusconi, l’étroitesse du résultat final n’est pas sans surprendre. Mais est-ce si étonnant ? L’Italie est un pays traditionnellement conservateur. La société est encore largement encadré par une église qui n’hésite pas un seul instant à intervenir dans les affaires publiques et, c’est un secret de polichinelle, à donner des consignes de votes officieuses à ses très nombreux fidèles. A cela s’ajoute la promesse de dernière minute du Cavalere relative à l’abolition de la taxe foncière, qui aura sans doute convaincu les Italiens qui n’ont pas encore compris que les promesses berlusconiennes n’engagent que ceux qui y croient. Alors, finalement, bien qu’étriquée, la victoire de la gauche n’en est pas moins remarquable.

Dans le contexte d’une campagne électorale dure voire ordurière, Romano Prodi surnommé «il professore» a su rester fidèle à lui-même et à ses valeurs. Un homme humble, intègre, compétent, respectueux, responsable, aux convictions sociales-démocrates profondes. Bref, Prodi, c’est l’anti-Berlusconi par excellence. Tout au long de la campagne, il a eu l’intelligence de ne pas tomber dans le piége de la démagogie et du œil pour œil, dent pour dent, dans lequel voulait l’enfermer le Président du Conseil sortant. Et si ce dernier dénonce   -en toute mauvaise foi, car étant spécialiste dans ce domaine- une « magouille » électorale, c’est sans doute qu’il craint pour son avenir, qu’il sait plus judiciaire que politique.

Une fois le nouveau Président du Conseil désigné, les choses sérieuses commenceront : il s’agit pour le nouveau gouvernement de redresser l’Italie, aujourd’hui dernière de la classe européenne dans la plupart des indicateurs économiques et sociaux. La tâche sera rude et c’est bien pour cette raison que les Italiens ont majoritairement souhaité la victoire de Romano Prodi.

Par Daniel Boys
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Vendredi 7 avril 2006

                Pour la liberté du peuple biélorusse


La Ville de Béthune, profondément attachée aux valeurs universelles des Droits de l’Homme et du Citoyen, exprime son plein et entier soutien envers le combat du peuple biélorusse pour sa liberté.

Depuis son élection en 1994, le président biélorusse, Alexandre Loukachenko, est un familier des coups d’états. En quelques mois, il s’est arrogé tous les pouvoirs en faisant fi des règles constitutionnelles de la jeune démocratie biélorusse. Son masque est définitivement tombé dès 1996 : Il a fait illégalement adopter une nouvelle constitution d’inspiration soviétique, non reconnue par la communauté internationale.

La Biélorussie est aujourd’hui la dernière dictature d’Europe. Les tragiques événements de Minsk, ces dernières semaines, nous le démontrent une nouvelle fois.

L’élection présidentielle biélorusse du 19 mars dernier apparaît, selon tous les observateurs internationaux, comme une parodie de démocratie. Pendant la campagne, l’opposition au président sortant a été totalement interdite d’expression. Le résultat du scrutin a été entaché de fraudes massives. Aujourd’hui, au moment où des dizaines de milliers de biélorusses bravent avec un courage remarquable la répression policière et militaire, les principaux contestataires sont emprisonnés, torturés ou disparaissent.

La Ville de Béthune, consciente de sa responsabilité morale, ne peut l’accepter. Elle affirme que devant la pire des dictatures, devant l’écrasement de la volonté d’un peuple, devant la négation de ce qui fait nos valeurs premières, il ne peut-y avoir ni concessions ni compromissions.

C’est pourquoi, l’orchestre principal du Ministère de la Défense biélorusse, en tant que vitrine musicale d’un pouvoir tyrannique, est désormais interdit de séjour dans l’enceinte de notre ville.

Dans les autres communes, en collaboration avec les associations d’exilés biélorusses, la Ville de Béthune soutiendra toute action visant à empêcher la musique militaire des forces armées biélorusses de se produire.

Cette motion, traduite en russe, sera transmise à M. Alexandre Loukachenko, Président autoproclamé de Biélorussie, au Général Leonid Maltsev, Ministre de la Défense de Biélorussie et à M. Viktar Shykh, Ambassadeur de Biélorussie en France.

Elle restera d’actualité jusqu’au rétablissement de la démocratie en Biélorussie.

 

Par Daniel Boys
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Mercredi 8 février 2006
« L’affaire des caricatures » est bien plus complexe qu’il n’y parait de prime abord. Au-delà des passions irrationnelles, elle suscite deux questions importantes auxquelles je vous propose quelques éléments de réflexion.
 
Peut-on caricaturer Mahomet ?
 
Pour comprendre les réactions des musulmans, une rapide explication théologique s’impose. Dans la tradition islamique, les représentations des personnes et choses saintes sont interdites. Cette interdiction doit être mise en perspective avec les préceptes premiers des autres religions monothéistes dont, rappelons-le, l’islam est également issu (pour les musulmans, Abraham, Moïse et Jésus sont reconnus comme prophètes, l’ancien et le nouveau testament sont des textes saints). En effet, l’idolâtrie, dont l’illustration biblique est le « veau d’or », est perçu comme une menace pour la cohésion de la doctrine et pour l’unité de la communauté des fidèles. Dans son principe de base, l’interdiction de la représentation de Mahomet peut donc être considéré comme un prolongement ou un héritage des traditions monothéistes antérieures. Néanmoins, l’absence de clergé - qui s’explique par la relation directe entre Dieu et le croyant - conduit à des affrontements récurrents entre écoles de pensée. Ainsi, certaines branches minoritaires de l’Islam, tel le Chiisme Iranien, réfutent cet aniconisme non écrit mais progressivement établi.
 
De son coté, conformément aux droits de l’Homme, la démocratie reconnaît la liberté de pensée, de conscience et de religion. La religion est partie intégrante de la démocratie, lorsqu’elle ne cherche pas à s’y substituer. En d’autres termes, le fait religieux, dans toute sa diversité, est une force pour la démocratie tant qu’elle reste dans le cadre de la sphère privée. C’est de là que vient le concept de laïcité qui comprend, notamment, l’interdiction des signes religieux à l’école. La démocratie s’impose aux religions, comme elle s’impose aux partis politiques, comme elle s’impose aux gouvernants. Ainsi, au nom de la liberté d’expression, la presse a bien évidemment le droit de caricaturer qui ou quoi que ce soit.
 
Pour certains musulmans, la publication des caricatures de Mahomet démontre un manque de respect pour leurs convictions profondes. Pour certains chrétiens, l’affiche du film Amen de Costa Gavras constituait un blasphème. Ces réactions, que tout à chacun peut comprendre à défaut de partager, s’inscrivent dans la démocratie pluraliste tant que la liberté d’expression des uns ne vise pas à remettre en cause celle des autres. En effet, qu’est ce que la démocratie sinon l’égalité de traitement des convictions ? Un pays où la liberté des uns prime sur celle des autres, où la contradiction est impossible, s’appelle une dictature.
 
Fallait-il caricaturer Mahomet ?
 
Ici, se pose la question de l’opportunité. On ne peut utiliser un droit, aussi inaliénable soit-il, en total dépit des conséquences. Pour cela, il est nécessaire de nous remettre dans le contexte international.
 
Au Danemark, les tensions communautaires sont palpables : les difficultés d’intégration des minorités et la puissance de l’extrême droite en sont le terreau. D’ailleurs, bien avant la publication des caricatures il y a quatre mois, le journal Jyllands-Posten n’était pas totalement étranger au durcissement du climat politique du pays. Arrière pensé politique ? Sans doute. Le journal ne pouvait ignorer que la publication de ces caricatures, dont certaines d’un goût plus que douteux, contribuerait un peu plus à la dégradation de l’atmosphère politique.
 
Mais, au delà du contexte danois, aurions nous, sous prétexte de liberté d’expression, ouvert un peu plus la boite de pandore d’un conflit de civilisations ou de religions ?
 
La réponse est clairement non. Comme toute son histoire le démontre, l’Islam n’est pas intolérant par nature. Il le devient lorsqu’il est instrumentalisé, comme n’importe quelle autre religion. Ainsi, dans certains pays ou pour certains groupes armés, l’Islam est devenu un outil de légitimation du pouvoir comme l’était en son temps le christianisme pour les monarchies absolues de droit divin.  Il ne s’agit donc ni d’un conflit de civilisation ni d’un conflit religieux, mais d’un conflit éminemment politique et géostratégique. Qui peut croire  que les manifestations violentes au Moyen-Orient, 4 mois après la publication des caricatures, ont le moindre caractère spontané ? En réalité, cette affaire, en détournant les regards de ce qui est vraiment important, arrange bien les gouvernements d’Iran, de Syrie ou de Palestine, pour ne citer qu’eux. Pour le premier, la recherche nucléaire peut continuer plus sereinement. Pour le second, on ne parle plus de son rôle trouble au Liban. Pour le troisième, c’est l’occasion pour le Fatah de concurrencer le Hamas sur son propre terrain.
 
Curieux destin pour de simples dessins, ni franchement drôles ni réellement pertinents, qui sont devenus tout à la fois un enjeu démocratique et une belle opportunité pour certains gouvernements autocratiques.  
Par Daniel Boys
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Lundi 6 février 2006
Depuis plusieurs décennies, les relations israélo-palestiniennes se trouvent dans un cercle vicieux sanglant : au terrorisme aveugle répondent les opérations de « maintient de l’ordre », aux bombes de Tsahal ripostent les attentats-suicides des groupes armés palestiniens. Les représailles n’en finissent pas de nourrir de nouvelles représailles au point où, finalement, on en vient à se demander si cet engrenage infernal de la violence connaîtra un jour son épilogue.
 
A cet égard, les dernières nouvelles du Proche-Orient n’incitent pas à l’optimisme.
 
En Israël, l’état de santé d’Ariel Sharon ne lui permettra plus d’assurer ses fonctions de premier ministre, ouvrant ainsi une nouvelle période d’incertitude sur la poursuite du processus de paix. Nul hasard si les plus ultra fondamentalistes, tant israéliens que palestiniens, se sont explicitement réjouis de cet événement ! Certes, la politique du gouvernement Sharon n’a pas toujours été des plus pacifiques comme le passé nous l’a prouvé à de nombreuses reprises, néanmoins, son courage politique concernant l’évacuation des colonies de la bande de Gaza augurait de nouveaux gestes forts envers les palestiniens. Contrairement à Benyamin Netanyahu, Sharon n’a jamais été un idéologue du grand Israël, mais un pragmatique. Il souhaitait la sécurité de son peuple, qu’il pensait obtenir par un mélange de combat et de concessions. Le paradoxe n’est qu’apparent : Sharon avait compris qu’il ne pouvait y avoir de sécurité durable sans paix et que cette paix n’était pas possible sans sécurité immédiate.
 
En Palestine cette fois, le triomphe du Hamas aux élections législatives inquiète. Au vu des objectifs de sa charte, à savoir la création d’un état théocratique islamiste et la destruction de l’état d’Israël, même les plus optimistes du camp de la paix perdent espoir. Dans ces conditions, en effet, comment imaginer qu’un simple dialogue entre les gouvernements soit possible ? Mahmoud Abbas, le Président de l’autorité palestinienne, en a pleinement conscience. S’il appelle le Hamas à reconnaître Israël et à renoncer à la lutte armée, c’est bien évidemment parce qu’il s’agit du préalable à une éventuelle reprise des négociations. D’ailleurs, le vote massif des palestinien pour le Hamas ne doit pas forcement être interprété comme une volonté de radicalisation politique. En réalité, la corruption du Fatah, son usure du pouvoir, son incapacité à redresser l’économie et l’efficacité du réseau d’action social du Hamas ont sans aucun doute constitué les raisons majeures de ce raz-de-marée électoral. On peut donc estimer qu’un futur aggiornamento du Hamas n’est pas totalement impossible même s’il apparaît, tout du moins dans l’immédiat, bien peu probable.
 
Décidément, l’histoire du conflit israélo-palestinien à une tragique tendance à se répéter : en 1995, l’assassinat de Yitzhak Rabin réduisait quasiment à néant le processus de paix. En 2000, la seconde Intifada marquait l’échec des accords de Camp David. En 2006, après une relative accalmie, le ciel du Proche-Orient semble de nouveau s’obscurcir...
 
 
Par Daniel Boys
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