Nicolas Sarkozy : « Youpi, lécole publique... cest fini ! »
Comme je l’ai déjà souligné à de nombreuses reprises dans ce blog, Nicolas Sarkozy a l’art et la manière de proposer de mauvaises solutions à des problèmes bien réels. Ce fut d’abord la sécurité. Au-delà de l’outrance de ses discours, la réalité concrète de ses actions sonne creux et peine à convaincre les professionnels du secteur. Mettre des policiers où cela est bien visible, mais inutile, ne suffit pas. Depuis le retour du premier des UMPistes place Beauvau, jamais la peur de l’autre n’aura été aussi présente dans notre société. Evidemment, la délinquance contre les biens baisse. C’est appréciable : pendant votre sommeil, la voiture qui se trouve devant votre immeuble ou votre pavillon à moins de chances d’être volée. Revers de la médaille, vous avez maintenant une probabilité beaucoup plus forte de vous faire agresser pour en obtenir les clefs. Le progrès sauce Sarko.
Ce que Sarko a fait pour (l’in)sécurité, il nous le prépare pour l’école. Bien sûr, avant tout, il y a le discours : notre école est nulle, les profs sont des feignants, les élèves des illettrés, etc. Rien que de très banal, son habitude de dévaloriser les uns pour faire plaisir aux autres ne surprend plus grand monde. Après le constat -si possible catastrophiste-, « vous allez voir ce que vous allez voir », voici les propositions. Nous ne sommes pas déçus ; c’est du sarko à 100%.
D’abord, il s’agit de supprimer les ZEP qui « ont démontré leur inefficacité ». Ah bon ? Rappelons au petit Nicolas, ce qu’est une Zone d’Enseignement Prioritaire : ni plus ni moins qu’un lieu géographique dont les établissements disposent de moyens financiers et en personnels accrus. Apprécions à sa juste valeur la logique du raisonnement : c’est en supprimant les moyens aux établissements les moins favorisés socialement que l’on compte améliorer leurs résultats. Imparable !
Ensuite, il s’agit de mettre un terme à la carte scolaire qui « n’est pas un bon système». La carte scolaire contraint les parents à inscrire leurs enfants dans l’établissement de leur lieu d’habitation. Certes imparfait et trop souvent soumis à dérogation, ce principe a néanmoins le grand mérite de favoriser une certaine mixité sociale et surtout scolaire. La supprimer reviendrait à parquer tous les « mauvais » élèves dans un même établissement, au grand bénéfice des établissements les plus prestigieux. L’école à deux vitesses, vous appelez ça un progrès vous ? Sarkozy, oui.
Enfin, il s’agit de rémunérer les professeurs au mérite. Euréka, mais c’est bien sûr ! C’est la faute des profs qui, dans le meilleur des cas, sont feignants et, dans le pire, incompétents ! Après tout, si un commercial du secteur privé est rémunéré selon ses résultats, pourquoi pas un prof ? Tiens oui, pourquoi pas... Ainsi, au vu des résultats de ses élèves, un prof d’un lycée du XVIéme arrondissement de Paris, par exemple, est forcément bien meilleur que celui d’un lycée de banlieue, et touchera donc ses primes de mérite avec les félicitations du Ministère de l’Education Nationale (s’il existe encore). Aucun sens me direz vous : le mérite d’un professeur n’est pas quantifiable comme l’est le chiffre d’affaire d’une société. Non seulement injuste, la rémunération au mérite est surtout inefficace : les professeurs seront incités à préparer leurs élèves aux seuls examens, sans pour autant leur donner les bases nécessaires à la réussite de leurs études supérieures. Si, comme le rappelle Nicolas Sarkozy, la France est 16éme du classement de l’OCDE concernant la qualité du système éducatif, il oublie néanmoins de préciser le piètre résultat du Royaume-Uni où, pourtant, la rémunération au mérite des professeurs est généralisée.
Bien entendu, les problèmes éducatifs de notre pays sont réels et ne doivent pas être minorés. Je réfute la politique de l’autruche comme les remèdes qui sont, à l’UMP, pires que le mal. L’école doit offrir une chance égale à chacun de trouver sa voie, en pleine et entière collaboration avec les chefs d’établissements, les professeurs, les élèves et parents d’élèves. D’accord, nous dit-on, mais quelles sont les propositions des socialistes ? Une réforme de fond, pour réussir, prend du temps et nécessite une réflexion qui ne soit pas uniquement guidée par des considérations électoralistes. Le seul objectif du petit Nicolas, c’est le résultat des 22 avril et 6 mai 2007. L’objectif des socialistes, c’est la réussite d’un mandat de 5 ans. Là est tout la différence... et cela mérite bien quelques mois d’attente.
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