Chez Sarko, la tolérance zéro commence... au berceau !
Le premier des UMPistes, Nicolas Sarkozy, proposera dans le courant du mois de mars un « carnet de développement de l’enfant qui le suivra de l’enfance à sa vie adulte » dont l’objectif est de « détecter dès le plus jeune âge les enfants dont le comportement commence à déraper ».
Il ne me parait pas utile de discuter de l’opportunité « technique » de cette mesure : les spécialistes de la petite enfance ont unanimement dénoncé, bien mieux que je ne pourrai le faire, un projet qu’ils considèrent aussi inutile qu’inefficace et dangereux. Je souhaite néanmoins réagir sur son aspect politique puisque c’est avant tout de cela qu’il s’agit : un projet aux arrières pensées éminemment électoralistes.
Depuis son retour place Beauvau, Nicolas Sarkozy joue avec le feu. Ce feu, ce sont les peurs de notre société. Ce fût la peur de l’autre, de l’étranger. C’est maintenant la peur du jeune qu’il attise. On le sait, la peur mobilise et c’est bien cela le pari de Sarkozy : mettre en exergue nos peurs pour mieux se poser en sauveur, en homme providentiel, qui donne ainsi la fausse impression « d’écouter ce que les gens ont à dire ». Ce manichéisme sarkozien, consistant à diviser la société en plusieurs camps et en encourageant leur affrontement, commence à devenir insupportable pour ce qui fait le fondement même de notre république ; le vouloir vivre ensemble. La responsabilité politique consiste à apporter des réponses concrètes à des problèmes bien réels, et non à diviser pour espérer mieux régner.
Certains me répondront par un mot très à la mode à droite : angélisme ! Tout cela n’est que de l’angélisme ! Vraiment ? Mais qui est le plus « angéliste » ? Celui qui croit pouvoir enrayer la violence en fichant des gamins de 3 ans ou celui dont l’objectif est de trouver les causes profondes qui conduisent certains jeunes à adopter des comportements violents ? Finalement, les angélistes ne sont pas ceux que l’on croit. « Dormez, bonnes gens, des gentils protégent tous les autres gentils des méchants » nous dit la droite. Le réveil n’en sera que plus rude.
On parle de la violence des jeunes dans notre société mais on ne parle pas de la violence faite aux jeunes par notre société. N’est ce pas de la violence lorsque l’on demande systématiquement à un jeune, qui sort tout juste du lycée ou de la fac, plusieurs années d’expérience pour pouvoir postuler à un premier emploi ? N’est ce pas de la violence que de fermer la porte du marché du travail à un jeune dont le seul tort est de porter un nom à consonance étrangère ou de provenir du « mauvais » quartier ? N’est ce pas de la violence que de ne proposer à un jeune que des stages gratuits ou une succession de CDD sous payés ? N’est ce pas de la violence que de dire à un jeune par le biais du CPE : non vous n’avez pas les mêmes droits que vos parents, non vous n’avez aucune protection, oui vous êtes des machines jetables sans la moindre explication ? On ne récolte que ce que l’on sème.
« Dormez, bonnes gens... la droite veille sur vous ».
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