Cétait il y a un siècle, à Courrières...
Ils sont plus de 10 000 à travailler pour la Compagnie des Mines de Courrières, dans la plus grande mine du Pas-de-Calais après Lens. Leur travail permet de fournir 7% de la production nationale de charbon.
Les mineurs payent au prix fort cette course effrénée à la productivité. Une nouvelle fois, la Compagnie a allongé les durées de travail et exige un rendement quotidien quasi-impossible à tenir. Le travail jusqu’à l’épuisement, voilà le quotidien d’un mineur en ce début de XXéme siècle.
Aux conditions effroyables de travail s’ajoute un mépris profond pour la sécurité des mineurs. La compagnie est largement bénéficiaire, pourtant, les investissements nécessaires à la sécurisation des galeries se font attendre. L’aération des sous terrains, plus de 100 Km, est notoirement insuffisant. Surtout, il y a ces maudites lampes, dites lampes à feu nu, dont la flamme est susceptible d’enflammer la moindre poche de gaz. Dépense inutile selon la compagnie : la mine n’est pas grisouteuse, parait-il.
Les mineurs connaissent les risques et dangers de la mine. Malgré tout, malgré le danger de mort quotidien, ils n’ont pas d’autres choix. Ne pas travailler, c’est mourir. Contester, c’est prendre le risque de se voir affliger une amende qui grèvera un salaire tout juste suffisant pour survivre.
Ce 10 mars 1906 devait être un jour comme un autre. Comme d’habitude, un jour de descente dans les entrailles de la terre et de remontée à l’air libre. Ce ne fut qu’un jour de descente.
A 6h30 du matin, une explosion d’une violence inouïe se déclenche au nord du puits n°3. Son souffle soulève et enflamme des poussières de charbon, qui se propagent en quelques instants dans les galeries. 1099 mineurs perdront la vie dans cette catastrophe. Certains périrent en quelques secondes, asphyxiés et brûlés, d’autres en quelques jours voire semaines, victimes « d’opérations de sauvetages » aux conséquences aussi désastreuses que meurtrières.
C’était il y a un siècle à Courrières.
Pour notre mémoire collective, nous nous devions d’honorer le souvenir des victimes de cette catastrophe. Plus largement, je souhaite que cette commémoration nous permette de rendre un vibrant hommage à tous ceux qui ont souffert ou souffrent encore des conséquences de la mine.
Ce que nous sommes aujourd’hui, ne l’oublions pas, c’est au sacrifice de centaines de milliers d’hommes, femmes et enfants que nous le devons. Que de chemin parcouru en un siècle ! Autrefois majoritairement industrielle, notre région est désormais pionnière dans les secteurs porteurs des nouvelles technologies et des services. Autrefois déconsidérée, notre région devient une destination touristique de premier ordre. Autrefois isolée, notre région s’affirme maintenant comme le centre d’un carrefour européen rassemblant plusieurs dizaines de millions d’habitants.
Un peu plus d’un siècle après Courrières, le Louvre II s’installera à Lens sur le site d’un ancien carreau de fosse, tel un symbole de notre histoire mais aussi de notre ambition pour l’avenir.
A voir absolument :
- L’exposition du caricaturiste Alain Delannoy « Envoyé spécial à Courrières en 1906 », Chapelle St-Pry à Béthune, du 26 mars au 4 juin 2006, du lundi au dimanche sauf le mardi et les jours fériés de 14h00 à 18h00.
- Les commémorations au Centre Historique Minier de Lewarde : www.chm-lewarde.com