Italie - le «Professore» donne la leçon quil mérite au «Cavalere»
Le suspens aura duré quelques dizaines d’heures et donné quelques sueurs froides aux partisans des deux camps avant que ne tombent les résultats définitifs : L’Unione, la coalition de centre-gauche menée par Romano Prodi, a remporté la majorité à la Chambre et au Sénat.
Il s’en est fallu de très peu pour faire pencher la balance électorale, tout le monde l’a souligné.
Pourtant, ces cinq années de Berlusconisme ne laisseront pas un souvenir impérissable y compris dans son propre camp. Il serait néanmoins très exagéré d’affirmer que Berlusconi a tout raté pendant son mandat. Pour être précis, il aura réussi deux choses. Uniquement deux choses, mais elles sont de plus haute importance : d’abord, ses liftings et implants capillaires qui lui donnent l’air de sortir tout droit du Musée Grévin, ensuite et surtout, la nouvelle loi électorale -à l’origine taillée sur mesure pour son parti- qui a finalement permis à la gauche de l’emporter. Pour cela, « Il Cavalere » mérite un hommage particulièrement appuyé, je profite donc de l’occasion qui m’est donnée pour l’en féliciter chaleureusement !
Plus sérieusement, au vu du bilan calamiteux de Berlusconi, l’étroitesse du résultat final n’est pas sans surprendre. Mais est-ce si étonnant ? L’Italie est un pays traditionnellement conservateur. La société est encore largement encadré par une église qui n’hésite pas un seul instant à intervenir dans les affaires publiques et, c’est un secret de polichinelle, à donner des consignes de votes officieuses à ses très nombreux fidèles. A cela s’ajoute la promesse de dernière minute du Cavalere relative à l’abolition de la taxe foncière, qui aura sans doute convaincu les Italiens qui n’ont pas encore compris que les promesses berlusconiennes n’engagent que ceux qui y croient. Alors, finalement, bien qu’étriquée, la victoire de la gauche n’en est pas moins remarquable.
Dans le contexte d’une campagne électorale dure voire ordurière, Romano Prodi surnommé «il professore» a su rester fidèle à lui-même et à ses valeurs. Un homme humble, intègre, compétent, respectueux, responsable, aux convictions sociales-démocrates profondes. Bref, Prodi, c’est l’anti-Berlusconi par excellence. Tout au long de la campagne, il a eu l’intelligence de ne pas tomber dans le piége de la démagogie et du œil pour œil, dent pour dent, dans lequel voulait l’enfermer le Président du Conseil sortant. Et si ce dernier dénonce -en toute mauvaise foi, car étant spécialiste dans ce domaine- une « magouille » électorale, c’est sans doute qu’il craint pour son avenir, qu’il sait plus judiciaire que politique.
Une fois le nouveau Président du Conseil désigné, les choses sérieuses commenceront : il s’agit pour le nouveau gouvernement de redresser l’Italie, aujourd’hui dernière de la classe européenne dans la plupart des indicateurs économiques et sociaux. La tâche sera rude et c’est bien pour cette raison que les Italiens ont majoritairement souhaité la victoire de Romano Prodi.