Conseil Régional - Intervention de Daniel Boys relative au port fluvial de Béthune
Monsieur le Président,
Chers collègues,
Dans les années 1960 le port de Béthune était le premier port fluvial français en terme de tonnage. Le transport du charbon moteur du développement industriel de la France, les modes de transport de l’époque, ferroviaire et fluvial pour l’essentiel, ont fait de Béthune une plateforme multimodale de première importance.
Le développement du transport routier, la fin de l’exploitation charbonnière ont fait régresser le port de Béthune se contentant du transport du vrac jusqu’en 1998. Mais de 1998 à 2004, les investissements lourds de deux millions d’euros réalisés par la CCI avec le concours de l’Europe, de l’Etat, de VNF, du département du Pas-de-Calais et de la Région ont permis au port fluvial de Béthune de se doter des infrastructures nécessaires à la croissance de son activité :
- Plateforme conteneurs
-Bureaux et bâtiments de stockage
-Engins de manutention de conteneurs
-Voiries
Les chargeurs industriels lourds du territoire (sidérurgie, BTP, agroalimentaire) se sont réunis au sein d’un club chargeurs dans le but de favoriser les synergies logistiques. En 2006, les résultats de ce volontarisme sont éloquents. Les 23 hectares du site sont saturés et avec un trafic conteneurs de 7 000 tonnes par an pour un potentiel de 70 000 tonnes, le port fluvial de Béthune se situe au troisième rang régional.
Aujourd’hui doté d’infrastructures performantes qu’il s’agit encore de développer, le port fluvial de Béthune est prêt à jouer pleinement son rôle de plateforme multimodale pour le trafic conteneurs et le vrac contribuant ainsi au développement économique du territoire et de la région.
En prenant la compétence portuaire, la Région a fait le choix de développer sa façade maritime où passe, au large du détroit du Pas-de-Calais, un quart du trafic mondial. Le développement des ports de Calais et Dunkerque reliés au canal à grand gabarit doit permettre de capter une part importante du trafic fret qui échoue préférentiellement aux grands ports belges et néerlandais que sont Zeebrugge, Anvers et Rotterdam.
En s’impliquant dans le canal Seine Nord Europe, la Région va permettre de combler le maillon manquant de l’Europe fluviale. Ainsi, par un réseau fluvial continu du Havre à l’Ile-de-France jusqu’aux grands ports de l’Europe du nord, la région se situera au cœur des transits fluviaux majeurs de l’Europe.
Mais pour que notre région ne soit pas une simple zone de transit Nord Sud des marchandises entre l’Europe du nord et la Seine Ile-de-France, nous devons nous doter de plateformes logistiques multimodales performantes capables de capter le trafic fret pour irriguer et assumer le développement des territoires où elles sont implantées.
Bien sûr, Dourges, Marquion et Lille sont incontournables. Cependant, le port fluvial de Béthune qui possède 60 hectares de réserves foncières en bord à canal, qui est dotée d’infrastructures ferroviaires et routières, qui est située sur le canal à grand gabarit à mi-chemin entre Dunkerque/Calais et le futur canal Seine Nord Europe, doit devenir une plateforme logistique multimodale majeure. Elle participera ainsi à l’extension de l’hinterland des ports de la façade maritime et sera un site stratégique privilégié entre Dunkerque et l’arc sud de la métropole lilloise. Mais pour que le trafic entre Seine Nord Europe et les ports de la façade maritime soit aux normes des porte-conteneurs de 4 400 tonnes qui circuleront sur Seine Nord, il sera nécessaire de rehausser progressivement les ponts à 7 mètres, sous peine de voir les flux Nord Sud privilégiés au détriment des ports de Dunkerque et Calais.
Les grands acteurs industriels de l’arrondissement, du BTP, de la sidérurgie, de la plasturgie, de l’automobile et de l’agroalimentaire notamment Roquette leader mondial dans son domaine bloqué dans son développement par manque de liaisons performantes, attendent avec impatience Seine Nord Europe et l’extension du port de Béthune qui les mettra en relation directe avec l’arc rhénan.
La Communauté d’Agglomération de l’Artois et la CCI sont prêts à faire l’effort financier nécessaire pour peu qu’ils soient suivis par les partenaires qui ont participé à la première étape du renouveau du port de Béthune. A ces conditions, le port fluvial de Béthune sera prêt à tenir sa place dans l’offre logistique globale assurée par l’ensemble des ports intérieurs.
Bien sur, le port fluvial de Béthune ne peut envisager seul cette étape décisive de son développement, indépendamment des autres ports intérieurs. C’est bien l’ensemble des ports fluviaux qui constituent un port intérieur régional, chacun assumant sa place en fonction des spécificités socio-économiques de son territoire et de son positionnement dans le schéma fluvial régional. La coopération inter portuaire, au sein d’un seul organisme, permettra d’acquérir la taille nécessaire pour le développement et la création des plateformes logistiques à mettre en place dans le nouveau contexte crée par Seine Nord Europe. La forme que devra prendre la nécessaire coopération inter portuaire sera déterminée par l’étude que nous avons décidé de mener.
En inscrivant les acteurs économiques de l’arrondissement de Béthune dans les grands flux d’échanges nord européens, cette plateforme contribuera au dynamisme économique, à l’emploi de notre territoire de 300 000 habitants, mais aussi à l’ensemble de l’aire métropolitaine dont nous sommes la porte sud.
Ainsi après 40 ans, l’internationalisation des échanges, le développement du transport maritime et la nécessité du développement durable qui de nouveau privilégie le rail et le fluvial vont faire de Béthune une plateforme fluviale de premier ordre dans le dispositif régional. Un juste retour de l’histoire pour une ville qui, grâce à son passé fluvial prestigieux, a le privilège d’être le siége de VNF, maître d’ouvrage de Seine Nord Europe.