Le jeu dangereux du groupe Stora Enso
Stora Enso Corbehem (voir mon article du 5 décembre) devait être repris par une entreprise française, Green Recovery, sur la base d’un ambitieux projet d’entreprise. Conçu avec les salariés, ce projet visait, d’une part, à permettre le maintient de la fabrication de papier sur le site et, d’autre part, à lancer une production écologiquement novatrice de sacs et emballages en papier. 200 emplois devaient être immédiatement sauvegardés et, à terme, 100 emplois nouveaux créés.
Ce projet était, dès l’origine, soutenu par le groupe Stora Enso. Les comptes-rendus des diverses réunions entre syndicats, direction et pouvoirs publics viennent le prouver. La stupeur et la colère des salariés n’en furent que plus grandes en apprenant, mardi dernier, le spectaculaire revirement du groupe finlandais.
De reprise, il ne peut plus être question. En raison, semble t’il, de la trop grande générosité du directeur de l’usine qui aurait été sur le point de vendre les machines en dessous de leur valeur comptable. Un million d’euros manqueraient sur la table. Simple affaire de gros sous ? Peu probable : le maintient de l’activité sur le site permettrait à Stora Enso d’économiser 110 000 euros par salarié repris. En réalité, selon certaines sources, le groupe verrait d’un mauvais œil l’arrivée d’un repreneur qui viendrait, de fait, le concurrencer sur son propre marché. La politique de la terre brûlée ne s’embarrassant pas de considérations humanistes, c’est plusieurs centaines d’emplois qui seront définitivement perdus si ce désaccord venait à persister.
En attendant la reprise des négociations lundi, les salariés naviguent entre colère, abattement, écoeurement et espoir. Je partage leurs sentiments et souhaite leur exprimer toute ma solidarité, eux qui ont fait preuve d’un esprit d’initiative exemplaire depuis près de 10 mois. Ces Géants de Papiers Solidaires ne manquent pas de courage. Leur slogan « prendre en main notre destin, pour ne pas être les assistés de demain » résume leur combat, leur envie de s’en sortir et le refus de cette caricature de capitalisme ultralibéral qu’est la politique industrielle du groupe Stora Enso.