Intervention de Daniel Boys en séance plénière du Conseil Régional : « Un budget pour nous donner les moyens de nos ambitions culturelles »

Publié le par Daniel Boys

Monsieur le Président,
Chers collègues,


Dimanche soir, lors du dernier concert de « Piano au nouveau siècle » qui a rassemblé plus de 20 000 spectateurs, vous rappeliez, Monsieur le Président, que cet événement était né dans le sillage de Lille 2004. Vous souligniez que l’ONL, institution culturelle emblématique que la région finance à 60%, était la cheville ouvrière de cet événement.

Aujourd’hui « Piano au nouveau siècle » a pris son autonomie. Par la qualité exceptionnelle des musiciens qui s’y produisent, cette manifestation contribue au rayonnement culturel de notre région ; par le travail avec les conservatoires et écoles de musique elle permet aux amateurs de valoriser leur pratique musicale, de l’enrichir par les contacts et les échanges qu’elle permet avec les professionnels.

Cet événement que l’on peut considérer comme anecdotique est pourtant symbolique de notre politique culturelle. D’aucuns émettaient des doutes sur l’opportunité de notre soutien à Lille 2004 qui n’aurait été à leurs yeux qu’une opération de communication médiatique sur de l’événementiel au détriment d’un travail de fond avec les artistes, les associations culturelles et les directeurs d’établissement.

Aujourd’hui, avec le recul, nous pouvons mesurer l’impact réel de cet évènement. Il a incontestablement contribué à mettre en valeur un travail culturel mené de manière constante et résolue pendant 30 ans, travail resté souvent obscur par manque d’éclairage médiatique. Il a contribué à installer de nouveaux lieux de culture qui participent à l’irrigation culturelle de quartiers populaires. Il a contribué à changer l’image de Lille qui a pu s’affirmer comme une métropole à dimension européenne avec des atouts artistiques et culturels de premier plan ; mais par effet induit c’est toute la région qui est apparue créative, tournée vers l’avenir, vers la modernité.

Ne pas opposer la culture savante à la culture populaire, ne pas opposer les pratiques professionnelles aux pratiques amateurs mais les reconnaitre pour ce qu’elles ont chacune d’irremplaçables. Soutenir les acteurs culturels qui permettent de faire connaitre les œuvres et le travail des artistes au plus grand nombre. Assurer la nécessaire formation culturelle des jeunes, à travers l’enseignement artistique. Consolider l’emploi culturel fragilisé par la politique de l’Etat en développant le conventionnement avec les équipes artistiques. Favoriser par les résidences d’artistes la rencontre irremplaçable des artistes avec les populations.

Tels ont été et sont encore les piliers de notre politique culturelle que l’on retrouve dans les choix budgétaires de notre budget culture 2007. Nous avons collectivement reconnu le bilan positif de notre action culturelle qui a abouti à l’aménagement culturel du territoire et au développement des publics. Cependant, nous avons tous souligné qu’il restait des inégalités à corriger, inégalités d’accès à la culture, mais aussi inégalités territoriales.

Pour répondre à cette exigence de démocratisation culturelle, pour que chacun quel que soit son lieu de résidence, quel que soit son origine sociale, puisse accéder à une vie culturelle source d’épanouissement individuel et de citoyenneté, nous avons dès 2006 créé une ligne « démocratisation culturelle - culture et cités » de 560 000 euros. Cette année nous l’avons reconduit sous l’appellation « culture et territoires » parce que ce ne sont pas seulement les quartiers populaires des villes centres qui souffrent de l’isolement culturel, mais aussi les territoires ruraux qui trouveront là, à travers les appels à projet, les moyens de développer une politique culturelle ambitieuse.

Pour répondre à cette nécessité de rééquilibrage culturel territorial, l’opération Capitale Régionale de la Culture est une innovation majeure qui doit conduire tous les 3 ans à faire qu’un territoire et sa ville centre puisse être fortement aidé par la Région pour mettre en valeur ses atouts artistiques, culturels et humains en lien avec sa spécificité territoriale.

Pour 2007, c’est Valenciennes, les deux agglomérations des Valenciennes Métropole et les Portes du Hainaut qui seront concernés. Les 8 millions d’euros pour le fonctionnement et les 4 millions d’euros pour l’investissement marquent notre volonté d’accompagner toute la population d’un territoire frappé par la crise sidérurgique et minière dans son désir d’un nouvel avenir où la culture doit prendre toute sa place.

Sur les 8 millions d’euros engagés pour faire la culture populaire, 3 sont consacrés à la prestigieuse exposition Pharaon tandis que le spectacle du Cadre Noir est financé par le mécénat. Ce sont donc 5 millions d’euros qui iront directement aux artistes, acteurs culturels du territoire, associations mais aussi à des partenaires culturels extérieurs comme le Grand Bleu, la Comédie de Béthune ou Arc en Ciel de Liévin créant ainsi des solidarités culturelles régionales.

Bien sûr, rien ne remplace l’action culturelle au quotidien menée par les acteurs culturels pour changer en profondeur les pratiques culturelles, pour favoriser les formes artistiques émergentes, pour faire partager la vie culturelle au plus grand nombre, mais des manifestations prestigieuses comme Pharaon et Cadre noir donnent au territoire, et à ses acteurs trop souvent dans l’ombre, un coup de projecteur qui a terme changera le regard des habitants sur leur environnement. C’est souvent le regard des autres qui permet de redécouvrir nos richesses que nous ne voyons plus et qui redonne confiance et fierté pour l’avenir.

Par l’investissement de 4 millions d’euros c’est le Boulon à Vieux-Condé qui aura un équipement adapté pour son action en faveur du cirque et des arts de la rue, c’est le site de Wallers-Arremberg irremplaçable dans la mémoire régionale qui sera aménagé, c’est la basilique de Valenciennes qui sera restaurée.

Autant d’outils mis en place dans la durée pour servir d’appui à un développement culturel et artistique. Capitale Régionale de la Culture , ligne Culture et Territoires sont deux outils importants pour le rééquilibrage territorial. Cependant seule l’implication aux cotés de la Région des structures intercommunales permettra de nous donner les moyens d’une véritable ambition culturelle partagée.

La première d’entre elles, Lille Métropole Communauté Urbaine, où la Région participe massivement au fonctionnement de grandes structures culturelles doit montrer l’exemple en s’impliquant plus fortement dans leur fonctionnement. Un geste de bonne volonté semble se dessiner. C’est la condition nécessaire pour engager un dialogue constructif avec les autres structures intercommunales.

En mobilisant collectivement les moyens financiers de la Région , des deux départements, des structures intercommunales, avec un Etat qui doit pleinement jouer son rôle dans le financement des structures qui sont de sa compétence, nous dégagerons les moyens nouveaux pour la création artistique, l’emploi culturel, la formation artistique et l’accès de tous à la culture.

N’ayons pas peur des manifestations prestigieuses, elles sont nécessaires à notre image, à notre rayonnement. Ne soyons pas frileux à l’égard des équipements prestigieux comme le Louvre-Lens quand nous accompagnons son appropriation par la population avec une ligne budgétaire nouvelle de 500 000 euros.

Nous avons trop souffert d’une culture de soumission et de modestie liée à notre histoire économique et sociale. Aujourd’hui, ayons de l’ambition culturelle pour notre population et notre territoire. Les valeurs de créativité, d’imagination, d’ouverture que porte la culture sont avec les autres outils que sont la formation, la rénovation urbaine ou les transports, les clés d’un nouvel avenir pour une région qui vit aujourd’hui de nouvelles mutations.

Avec un budget culture en hausse de 3% dans un contexte financier contraint lié au désengagement de l’Etat, nous nous donnons les moyens de cette ambition.

 

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Publié dans Archives 2005-2009

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