"La richesse des débats participatifs sur l'éducation" par Pierre Frackowiak
J'avoue qu'au départ, j'étais un peu sceptique. Je m'interrogeais sur les articulations entre les travaux engagés depuis longtemps au niveau national par le Parti Socialiste: commission nationale, groupe des experts, les propositions des syndicats d'enseignants progressistes, de la FCPE et des mouvements d'éducation populaire, des autres partis de gauche et notamment de ceux qui nous soutiennent à ce jour. Et puis je vois que c'est comme la crème anglaise, presque soudainement, de manière imprévisible, ça prend… et ça donne de l'espoir.
J'avoue que je craignais les interventions marquées par la nostalgie, approuvant de ROBIEN, le b-a ba, le calcul, l'abandon de la scolarité à 16 ans, etc. Ne disait-on pas que 80% des français approuvent ces mesures ultra conservatrices, prônées depuis longtemps par le Front National? Ne constate-t-on pas chaque jour à quel point les médias manipulent une opinion publique sous informée sur ces questions complexes au point de faire dans les esprits une réalité d'un mythe, celui de l'école de Jules FERRY? Et puis, dans chacun des débats que j'ai introduits, animés, avec des publics aussi différents et variés qu'à LILLE Centre, MAUBEUGE ou ELEU près de LENS, j'ai constaté une grande attention, un intérêt pour une recherche de la vérité sur l'histoire de l'école, y compris quand cette vérité était dérangeante pour nous-mêmes, comme le constat de l'abandon de la loi d'orientation de 1989 (Loi JOSPIN).
J'avoue que j'avais peur de voir les débats de fond occultés par les questions quantitatives à un moment où les suppressions de postes pleuvent sur l'académie. Certes, les moyens sont un élément vital pour le système éducatif, ceux de l'Etat mais aussi ceux des collectivités locales. Certes, il faudrait moins d'élèves par classe, des maîtres supplémentaires pour permettre d'autres organisations et rompre avec la rigidité du "un maître / une heure / une classe / une année". Mais pour les socialistes, il faut aussi savoir quelle société nous voulons construire avec quelle école, quelles valeurs, comment…Et l'immense majorité des participants aux débats, de toutes conditions sociales, a compris les enjeux idéologiques du problème…
J'avoue que je m'attendais à quelques attaques en règle de propositions mal comprises de notre candidate sur les 35 h des profs, sur le rôle des militaires… Mais si les médias ont cru pouvoir réduire et déformer propos et intentions, les militants, les citoyens soucieux d'un avenir démocratique pur notre pays ont compris qu'il faudra trouver les moyens de reconnaître la réalité du travail des enseignants, redéfinir leurs missions, leur donner des conditions de travail dignes du 21ème siècle (bureaux, salles de réunions, etc) et qu'il faudra prendre en compte sérieusement la dégradation du climat dans les établissements, notamment dans les collèges.
En fait, l'immense majorité des participants a compris qu'il fallait changer malgré les slogans pernicieux contre la succession caricaturée des réformes, qu'on ne pourrait pas se satisfaire de dépoussiérages, de ravalement de façades, de coups de pinceaux. Il faudra changer et changer fort, dans le respect de chacun, dans la concertation et le dialogue constructif, engagé… Les participants ont massivement pris conscience qu'il faudra du courage politique et qu'ils sont ouverts à l'innovation, à l'évolution, au changement si celui-ci est expliqué, préparé, accompagné, soutenu…
Après un creux de vague fabriqué par les médias favorables à la droite, la vérité éclate: l'espoir est là. Et la volonté.