Tribune libre : "Un blâme pour M. PUJADAS et pour France 2" par Pierre Frackowiak

Publié le par Daniel Boys

Cela n'a l'air de rien. Des informations annoncées sur un ton modéré qui inspire plutôt la confiance, qui a l'apparence de l'honnêteté. Ce ton donné par P. POIVRE d'ARVOR et C. CHAZAL sur TF1, adopté par PUJADAS et tant d'autres sur France 2. Un ton patelin: ces gens là ne peuvent pas mentir, n'est-ce pas? D'ailleurs, ils ne mentent pas… Ils font pire!

Mercredi 7 mars, journal de 20 heures. On évoque la résidence de Ségolène ROYAL et de François HOLLANDE. Certes, On en fait beaucoup plus que l'on o'en avait fait la semaine précédente pour l'appartement de SARKOZY, on interroge un prétendu expert à charge sans rechercher d'autres sources d'information comme si l'expert détenait la vérité, on passe une bribe, juste une bribe, de réponse de Ségolène ROYAL… Tout cela fait propre, professionnel, de bon aloi…

Pour clore le sujet, M. PUJADAS explique sur un ton cette fois beaucoup plus ferme et sans contestation imaginable que SARKOZY a sollicité l'avis des services fiscaux et que ceux-ci ont déclaré qu'il n'y avait rien d'anormal dans sa situation. Point!

En fait, sous ses aspects propre, honnête, BCBG, de journaliste compétent et consciencieux, PUJADAS a un comportement de ripoux du journalisme.

Pour le téléspectateur ordinaire, ce qu'il faut retenir de cette prestation, c'est que Ségolène ROYAL et François HOLLANDE   ont trompé le fisc et que SARKOZY, lui, a été lavé de tout soupçon par l'administration des impôts.

Ce qui est grave, odieux, choquant, c'est que le montage du sujet, la succession des séquences et la chute (la chute, très importante en communication!) laissent à penser aux téléspectateurs que Ségolène et François sont coupables et que SARKOZY est innocent. Même si dans quelques jours, France 2 annoncera que les services fiscaux n'ont rien trouvé d'anormal dans les déclarations de Ségolène ROYAL et de François HOLLANDE, le mal aura été fait. On aura semé le doute de manière difficilement réversible.

Cette technique sophistiquée n'est pas le fruit du hasard. Elle est calculée, pensée, préparée. Elle est de l'ordre du subliminal (faire passer une idée, un slogan, un jugement sans en avoir l'air, en douceur) et de la manipulation de l'opinion publique. Elle est parfaitement contraire à la démocratie et contraire à la déontologie journalistique, indigne du service public de télévision. Elle est d'autant plus choquante que l'on sait bien que les citoyens ne sont pas préparés à décrypter de type de manipulation (il faudra bien intégrer ces problèmes de lecture des médias  dans les programmes scolaires) et que c'est toujours le Parti Socialiste  qui en est victime.

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Publié dans Archives 2005-2009

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