François Bayrou ou le ni-gauche, ni-gauche
Dans les sondages, il créé une certaine surprise. La montée des chiffres, persistante, semble démontrer qu’un nombre croissant de Français sont séduit par le discours « ni gauche, ni droite » de celui qui fut, il ne me parait pas inutile de le - lui- rappeler, l’ancien Ministre et soutien zélé d’Edouard Balladur et d’Alain Juppé. Il est vrai que ses rébellions sporadiques aussi feintes que tardives mais largement médiatisées, lui ont permis d’apparaitre, sinon comme un opposant, au moins comme un trublion de l’UMP. Dans le même temps, ses appels du pied à la gauche parachèvent le tableau idyllique d’un projet centriste radical –ne rions pas-, presque aussi mythique que mystique, qui ne choisit pas de camp, mais les rassemblera dans un gouvernement d’union nationale.
Beau coup de marketing politique, indéniablement. Hier encore, un sondage indiquait que près des 2/3 des Français souhaitaient « pour résoudre les problèmes de
Séduisant en apparence, le fond de commerce de François Bayrou n’est pourtant qu’une chimère.
Dans le monde merveilleux du président de l’UDF, les meilleures personnalités de gauche et de droite –autrefois en désaccord sur l’essentiel- exerceront le pourvoir en parfaite harmonie dans un gouvernement où le consensus sera la règle. Plus fort encore, des centaines de députés –autrefois socialistes, communistes, UMPistes, Verts- se jetteront dans les bras les uns des autres en se disant, finalement, que ce qui les unit est plus fort que ce qui les divise. Touchant, non ?
Etrangement, ce n’est pas exactement ce que l’on constate chez nos voisins européens. Romano Prodi en sait quelque chose : choisi et soutenu par une grande coalition allant de l’extrême-gauche au centre-droit, élu par une majorité d’italiens, il a tout récemment subi une crise politique qui a failli lui coûter son poste. Quant à l’Allemagne, souvent prise en exemple par les centristes, c’est une conjonction de causes politiques et institutionnelles qui a conduit à la nécessite d’une grande coalition SPD/CDU alors que la gauche était majoritaire dans le pays.
Non seulement utopiste, ce discours apparait en outre bien étrange pour un homme politique qui à fait toute sa carrière à droite, à voté l’immense majorité des projets de loi UMP depuis 2002, dont la réforme des retraites et la suppression du lundi de pentecôte. Positionnement bien étrange aussi pour un parti, l’UDF, créé par Giscard, frère ennemi –plus ou moins selon les périodes- du RPR, oui, mais qui proviennent tous deux d’une même famille ; la droite.
Au-delà des faux semblants et des positionnements de circonstance, voter Bayrou, ce n’est pas voter ni gauche ni droite, c’est voter ni gauche ni gauche. C’est donner, pendant encore 5 longues années, le pouvoir à la droite : Bayrou président devra s’appuyer sur une majorité gouvernementale qui ne sera pas issue de son parti mais dont la couleur politique ne fait pas le moindre doute. A défaut de faire en un mois de l’UDF une force dominante dans le paysage politique français, les frères ennemis d’hier trouveront bien vite un terrain d’entente. En famille, on trouve toujours à s’arranger. Bref, au «mieux », ce sera 1974 bis. Bayrou (Giscard) à la barre, Sarkozy (Chirac) au pouvoir. Au pire, un pays dont le Président sera en simili-cohabitation pendant toute la durée de son mandat.
On a beau retourner la question dans tous les sens, voter Bayrou, c’est voter pour rien. Il sera Président non pour porter un projet, une ambition, mais pour rien d’autre que réaliser son rêve personnel. La fonction pour la fonction. Le Président de l’immobilisme dont le projet, si on peut parler de projet, disparaitra dans le tonneau des danaïdes des promesses non tenues par le précédent Président de
Enfin, voter Bayrou, c’est voter contre la gauche, contre le progrès. Ce serait une erreur historique au moment où nous avons la chance de pouvoir apporter un changement d’envergure : pour la première fois, une femme pourrait devenir Présidente de