On ne nous refera pas le coup de 2002 !

Publié le par Daniel Boys

Les jeunes auditeurs de Skyrock ont de la chance. C’est en effet sur l’antenne de la radio Rap et RnB, leader chez les 13-24 ans, que Nicolas Sarkozy vient de promettre la mise en œuvre d’un « plan Marshall » pour les banlieues.

Le choix du terme de « plan Marshall » n’est pas anodin dans la bouche du petit Nicolas. Un plan Marshall c’est une aide étrangère, non dénuée d’arrières pensés, de ceux qui ont tout vers ceux qui n’ont plus rien, de ceux qui sont sortis économiquement renforcés d’une guerre vers ceux qui en sont sortis exsangues…

La guerre, tel est le mot clef du projet du candidat de la droite. N’est-ce pas ce que nous explique Sarkozy depuis 5 ans ? Deux camps : les gentils, ceux qui se lèvent le matin pour travailler, et les méchants, les racailles, qui ne payent pas leurs billets de RER et se permettent d’agresser les forces de l’ordre. Un territoire, quasi étranger, à reconquérir : les banlieues, qui connaissent périodiquement de véritables scènes de guérilla.

Mais voilà, après cinq ans de gouvernement d’une droite qui avait fait de l’affrontement et de la peur de l’autre son principal thème de campagne, le constat est aussi cinglant qu’amer : c’est l’échec sur toute la ligne pour le premier des UMPistes. L’insécurité contre les personnes n’a jamais été aussi élevée, l’incompréhension entre les jeunes et la Police jamais aussi importante, la fracture au sein de notre pays jamais aussi franche.

Sarkozy, en s’enfermant dans une logique d’affrontement sans issue n’écoute personne et, aussi surprenant que cela puisse paraitre, pas plus ses propres services de Police. Pourtant, suite aux émeutes de novembre 2005, un rapport des Renseignements Généraux indiquait : “ Les jeunes des cités étaient habités d'un fort sentiment identitaire ne reposant pas uniquement sur leur origine ethnique ou géographique, mais sur leur condition sociale d'exclus de la société française. Les jeunes des quartiers sensibles se sentent pénalisés par leur pauvreté, la couleur de leur peau et leurs noms. Ceux qui ont saccagé les cités avaient en commun l'absence de perspectives et d'investissement par le travail dans la société française. Tout s'est passé comme si la confiance envers les institutions, mais aussi le secteur privé, source de convoitises, d'emplois et d'intégration économique, avait été perdue”. 

Ce rapport aurait dû inciter le gouvernement à changer de politique envers les banlieues. Hélas, un an et demi après les émeutes, rien n’a changé. Le comportement, les provocations verbales incessantes, la politique sécuritaire Sarkoziste ont aggravé le ressentiment et la situation d’exclusion des habitants des banlieues. A la violence répond la violence, le ressentiment nourrit le ressentiment, tel un cercle vicieux infernal dans lequel Sarkozy apparait comme le rouage principal. 

L’actualité récente le montre avec plus d’évidence encore : Ségolène Royal a eu raison de dire, au sujet des violences de la gare du Nord, que quelque chose ne va plus dans une société où un simple contrôle de billet conduit à une émeute. A cela, Sarkozy répond « qu’il n’est pas du coté des voyous mais des victimes ». Voilà sa politique : la peur de l’autre, du jeune, de l’étranger. En une phrase ; la démagogie érigée en politique de gouvernement. 

Et lorsque Nicolas Sarkozy affirme, comme hier à Lille, qu’il fera pour la France ce qu’il a fait au Ministère de l’Intérieur ;  j’ai des sueurs froides. Qui peut croire un seul instant que l’incendiaire soit le mieux placé pour éteindre le feu ? Sarkozy, avec son passé et son passif, n’est pas l’Homme de la situation.

Les Français ne se feront pas avoir deux fois par les sirènes de la peur et du repli sur soi. Ils savent que la paix sociale ne s’achète pas, ne s’impose pas par la force mais se construit. Pendant cinq ans, la Droite n’a fait que détruire ce que la Gauche avait construit. Chacun, dans sa vie de tous les jours, peut en apprécier le résultat : de toute évidence, nous vivons moins bien maintenant qu’en 2002. 

Ça suffit ! Au désordre injuste de la Droite , nous voulons, aux cotés de Ségolène Royal, mettre en œuvre l’ordre juste. C'est-à-dire des droits et des devoirs pour chacun, de Neuilly-sur-Seine à la dalle d’Argenteuil, du centre de Paris au plus profond de nos campagnes. Et non plus les devoirs pour certains et les droits pour les autres !

La Droite nous a volé le débat de société que nous aurions dû avoir en 2002. Elle ne nous refera pas le coup en 2007 !

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Publié dans Archives 2005-2009

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