CE LUNDI COMME TOUS LES LUNDIS, SUR LE MARCHÉ DE BÉTHUNE

Publié le par Daniel Boys

Béthune : Daniel Boys sur le marché, «V’là le futur maire ed’Béthune»

 

LA VOIX DU NORD - PUBLIÉ LE 10/02/2014

Par DAVID CIERNIAK

 

 

À l’approche des élections municipales, on a décidé de prendre crayon, bloc-notes et cabas et de faire le marché avec les candidats à la ville de Béthune. Histoire d’humer l’air ambiant et au fil des allées, découvrir un homme. Premier à se livrer à l’exercice : Daniel Boys, tête de liste « Béthune, ville humaine ».

 

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Rue Sadi-Carnot, hier, 10 h 15. Première surprise, Daniel Boys est là mais sans colistiers. En pleine campagne municipale, on s’attendait à le voir encadré par une garde et une arrière-garde. « Comme tous les lundis, je fais mon marché seul », déclare-t-il. Pas de tracts non plus dans les mains. « C’est pas le moment de faire de la pub », répond la tête de liste « Béthune, ville humaine ».

« Sur le marché, je suis comme tout le monde, je parle de la pluie, du beau temps, des résultats sportifs du week-end mais pas de politique. Maintenant si les gens me posent des questions je leur réponds ». « Bonjour, Francis ! ». « Bonjour, Daniel ». Le temps de se retourner, trois mètres plus loin, c’est un « Bonjour M. Boys, c’est à quelle heure les permanences à votre local ? », qui nous interpelle. Pas une minute s’est écoulée en compagnie du candidat à la mairie et voilà qu’un pan de certitude journalistique s’effondre : Daniel Boys est populaire !


L’intello-gaucho que l’on décrit(vait) peu à l’aise dans le « serrage de pinces » se révèle dans cet exercice de proximité où les poignées de mains s’échangent. « On m’a collé cette image, mais je ne joue plus ce rôle que l’on m’a donné (NDLR : référence à ces années passées comme 1er adjoint de Jacques Mellick), aujourd’hui, je suis moi-même », affirme-t-il. En avançant dans les allées du marché, Daniel Boys veut laisser derrière lui ses années de rhéteurs et de jongleurs d’idées. L’éloquence d’un Gorgias doit pourtant encore parler à cet homme, passionné par la tragédie grecque, et dont il trouve des similitudes avec la politique béthunoise. Le temps que la réflexion chemine jusqu’au sénateur romain, Brutus qui donna le coup de grâce à Jules César, et voilà qu’on arrive place Lamartine, où de superbes carottes tendent leurs bras. « V’là le futur maire ed’Béthune », lui lance une maraîchère essaroise. Petites phrases et sourires échangés, légumes et œufs frais dans un sac, Daniel Boys repique vers le centre… ville.


L’âme d’un pays, c’est son marché ! », confie-t-il. Sans doute que les épices d’un marché d’Andalousie doivent livrer bien plus que leurs saveurs odorantes mais la vue d’une botte de poireaux, aussi belle soit-elle, sur le pavé humide et froid béthunois peut-elle inspirer un politique ? « Le marché au printemps est bien plus coloré, plus gai », reconnaît Daniel Boys en riant, avant d’ajouter sérieusement « j’aime ce côté populaire ».


 

« La danse des canards ! »

Entre salade et pommes de terre, le candidat cultive son image de proximité. Histoire de faire l’équilibre avec celle qu’on lui prête plus aisément : celle des salons mondains de l’art contemporain. L’homme ne s’offusque pas et assure que même dans ces sphères, « quand on a envie de déconner, on fait la danse des canards ! ».

En s’éloignant de la rue Copernic, Daniel Boys s’est affranchi et le Franchouillard ne lui fait même pas peur. « Je suis un fils d’ouvrier », tient à rappeler l’enfant de Putaux (ville plus connue pour son quartier d’affaires de La Défense que ses corons), qui a découvert Béthune en septembre 1968. Agrégation de sciences naturelles option géologie en poche et ardoise dans le dos, sur laquelle était écrit « professeur rouge ». Les bancs de Normale Sup’ lui avaient permis de s’élever socialement mais aussi conduit à fréquenter les barricades du quartier Latin. Sa demande d’affectation pour enseigner à Paris est refusée. La société pensait peut-être le sanctionner en le mutant dans le Nord, elle lui a offert une identité.

 

« Ici, dans cette région, j’ai pu faire la liaison entre mes origines ouvrières et ce que je suis devenu », explique Daniel Boys alors que son chemin hebdomadaire sur le marché béthunois le mène au Lamartine. Mais avant de serrer encore quelques mains et boire son café du lundi matin dans ce bistrot qui est resté dans son jus, la parenthèse MJC s’invite. « En 1978, Jacques Mellick, jeune maire, veut fermer la MJC, à l’époque c’était un lieu politique », se souvient Daniel Boys. Action, réaction… le conseil municipal est séquestré. « Dans la ZUP, j’étais bien mais on était remuant », évoque-t-il alors que le regard s’illumine des images du mouvement culturel et des grand rassemblement du 1er Mai à Béthune dans les années 70. De cet épisode, Daniel Boys a conservé une de ses affiches à la Charlie Hebdo. Une pierre tombale avec une rose et une légende : « Jacques Mellick apporte sa pierre à la culture ».


 

Que reste-t-il de ces années d’actions ? L’homme assure avoir les mêmes valeurs mais les exprime aujourd’hui différemment. « Tous les patrons ne sont pas des voyous et tous les hommes de gauche ne sont pas des gens bien ». Il cite Aurélie Filippetti, pour sa trajectoire personnelle, et Philippe Larrouturou, pour sa réflexion politique. Sa dernière lecture est signée de l’ex-auteur des Guignols de l’info, Bruno Gaccio, « Petit manuel de survie à l’intention d’un socialiste dans un dîner avec des gens de gauche »... 40 ans après, il y a toujours des livres rouges dans la bibliothèque de Daniel Boys.

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