REPORT DU CONSEIL MUNICIPAL DU 5 DÉCEMBRE, UN COUP (BAS) POLITIQUE DE LA PART DE CERTAINS ÉLUS MAIS SURTOUT UN VRAI DÉNI DE DÉMOCRATIE !
Béthune: après le quatrième report du conseil municipal faute de quorum, les élus sont en colère
Source : La Voix du Nord
Par ISABELLE MASTIN
C’est la quatrième fois cette année. La fois de trop peut-être pour ceux des élus présents, visiblement abattus et écœurés. Hier soir, le conseil municipal a de nouveau été reporté, faute de combattants. Les groupes de Bernard Seux, Jacques Mellick et Olivier Gacquerre ont brillé par leur absence. Tout le monde s’en trouve reconvoqué lundi.
Il est presque 20 heures ce jeudi soir et de nos fenêtres, on voit sortir un groupe de la mairie. Fin de conseil municipal ? Non, sinon on y serait encore. Sous les épais manteaux et les épaules rentrées sous les assauts du froid, on reconnaît le socialiste Jean-Marc Dendiével, ou encore Jean-Pierre Deruelle d’Aimer Béthune. Une heure plus tôt, ni eux ni le reste de leurs groupes n’étaient à l’appel – « Mais présents dans la mairie... », grognait Monique Delmotte. Pas plus que les trois de Béthune notre ville dont Olivier Gacquerre, retenu par sa réunion publique, avait pourtant promis la présence. En revanche, les élues UMP Évelyne Brassart et Françoise Réaux étaient à leurs postes : elles n’ont pas prêté l’oreille aux sirènes du boycott. Mais le résultat est là : pas de quorum.
On s’y attendait un peu : Bernard Seux, au nom d’Aimer Béthune, avait écrit au maire pour demander le report de la séance. Sur un ton très courtois, nous avait-il fait remarquer. Les délibérations prévoyant notamment la désignation des délégués titulaires et suppléants de la communauté d’agglomération nouvelle mouture (après fusion avec la CCNE), il argumentait que la présence d’Olivier Gacquerre, « toujours premier adjoint » en dépit du retrait de ses délégations, était nécessaire.
Hier soir, tandis que dans le salon d’honneur on comptait les élus arrivant au compte-gouttes, le maire ouvrait le ban : « On m’a indiqué que certains élus étaient dans la mairie mais ils n’ont pas encore pris la peine de monter... Béthune notre ville avait dit que trois de leurs élus seraient présents. On va attendre un peu... »
« Une manière de pression »
Pas longtemps parce qu’on se doute bien qu’il n’y aura pas de miracle. « Je ne jette pas l’anathème sur ceux qui, souffrants ou ayant donné un pouvoir, sont absents, mais sur ceux qui, non empêchés, ont fait le choix de ne pas venir. Je ne comprends pas qu’on méprise à ce point la démocratie, surtout quand on prétend être élus ! »
L’appel est fait, « parce que c’est la procédure et qu’on a affaire à des gens qui aiment les procédures » et des mains se lèvent pour demander la parole. Constat unanime : de l’UMP à la majorité, on salue le travail des employés de mairie, « qui ont préparé le conseil, et la salle, et qui devront revenir lundi » – date retenue pour un nouveau conseil qui cette fois aura lieu avec ou sans quorum. Le boycott d’une partie de l’opposition a au moins eu cette effet que pour un soir règne une sorte de consensus, une unité polie forgée par le dégoût des autres. Henri-Claude Honnart est le premier à parler, qui fustige dans la politique de la chaise vide « une habitude, une manière de pression. Comment peut-on se présenter une nouvelle fois aux élections quand on n’est pas capable d’assister à l’acte majeur de la vie démocratique ? »
« Formidables et fort minables »
Chacun son style : Jean-René Boutinon cite... Stromae ! « Nous, nous sommes les élus formidables, eux, ils sont fort minables... Ils nous empêchent de travailler. » Daniel Boys, lui, n’a pas « de mots assez forts pour condamner ce type d’attitudes. En conseil, on ne parle pas de nous mais du quotidien. Ne pas assumer ses responsabilités, c’est scandaleux, tout ça pour de la politique spectacle ! Comment Béthune ne pourrait-elle pas être décrédibilisée ? » L’UMP Évelyne Brassart ne dit pas autre chose : « Je remarque l’alliance objective entre MM. Seux, Deruelle, Mellick et Gacquerre. Olivier Gacquerre connaissait la date du conseil, on peut considérer qu’il s’agit d’une manœuvre politique. »
Chez les Verts, Joël Caron surenchérit. « C’est manquer de respect aux habitants, de la part d’histrions qui se donnent en spectacle. C’est lamentable. » Même « déception » chez Isabelle Péru qui, retenue lundi à l’assemblée générale du MRC, promet d’y faire l’éloge des pratiques de certains élus. Philippe Preudhomme tance « ceux qui critiquent avec la même virulence l’absence prétendue des députés à l’Assemblée nationale. C’est une posture, un coup d’éclat. Le zéro absolu »! » Lundi, on se retrouvera pour ce qui devrait être le dernier conseil du mandat. Mais pas les dernières incartades de la campagne.