un budget de résignation

Publié le par Daniel Boys

Mon intervention lors du dernier conseil municipal concernant le vote du budget 2012 :

 

Voter le budget primitif 2012 sans connaitre le compte administratif 2011, c'est-à-dire l’état des caisses de la ville, c’est faire comme si le passé n’existait pas pour construire cet acte important qu’est le budget de la ville.

Pourquoi avez-vous renoncé à faire voter en même temps, ce qui avait le mérite de la clarté, le compte administratif, le budget primitif et les taux d’imposition ? Je n’ose pas croire qu’il y ait dans le placard 2011 des cadavres dont vous ne souhaitez pas la découverte avant les législatives. En un mot ce budget primitif 2012 n’aurait-il pas un goût d’électoralisme ? 

 

L’ autofinancement qui traduit la capacité d’une ville à dégager ou non de son budget de fonctionnement un excédent pour payer les investissements est un signe de sa santé financière. Celui de votre budget 2012 est inquiétant alors même que nous ne savons pas si le compte administratif 2011 sera en déficit ou en excédent. 

 

Avec 3,969 millions d’€ votre autofinancement couvre à peine le remboursement du capital de la dette de 3,51 millions d’€ et ce au prix d’un double tour de passe-passe qui consiste à augmenter les recettes de fonctionnement de 1 million d’€ en y reportant les travaux en régie qui ne sont pas une véritable recette et minimiser en dépenses les provisions pour contentieux à hauteur de 750000 € alors qu’elles devraient correspondre à 10% des litiges c'est-à-dire 1,78 millions d’€. En fait l’autofinancement réel n’est que de 2,969 millions d’€ insuffisant pour rembourser le capital de la dette. C'est-à-dire que vous vivez à crédit puisque c’est avec une partie des 4,5 millions d’€ d’emprunt de la section d’investissement que vous équilibrez artificiellement votre fonctionnement.

 

Votre budget 2012 est un budget de résignation puisque le budget investissement qui traduit l’ambition de développement que l’on porte à sa ville est réduit à une peau de chagrin. Avec 14 millions d’€ dont seulement 5,67millions d’€ pour des réalisations d’équipement c’est le plus faible budget d’investissement que nous ayons connu. Mis à part les 3,4 millions d’€ de l’ANRU dont vous n’avez pas la paternité et le million d’€ pour l’écoquartier Testut, un bon projet à l’équilibre financier préoccupant, vous vous contentez de gérer le quotidien, ce qui est bien mais vous ne préparez pas l’avenir.

 

Pourtant, à défaut de l’avoir reçu, j’ai pu consulter sur internet le rapport que vous avez commandé à Jean Yves Chapuis, un élu spécialiste de l’urbanisme. Il propose une vision prospective intéressante pour Béthune qui aurait mérité un débat de fond en séance plènière, une véritable mobilisation des conseils de quartiers, des forces économiques et syndicales. A l’issue de ce formidable exercice de vie démocratique où chacun à sa place aurait apporté sa contribution à la réflexion collective nous aurions pu dégager une stratégie de développement et des engagements prioritaires d’investissement partagés pour redonner du dynamisme à Béthune. Vous n’avez pas fait ce choix et vous êtes ainsi passés à côté d’un moment historique où la démocratie participative aurait pris tout son sens. Au lieu de cela vous avez instrumentalisé ce rapport pour vous livrer à une simple opération de communication « la ville qui s’invente >> qui ne reste qu’un beau slogan et un rêve sans lendemain.

 

Pendant ce temps les chantiers prioritaires pour Béthune sont au point mort. Depuis maintenant 4 ans que vous êtes aux responsabilités, après 5 budgets où vous aviez la possibilité de mettre en œuvre votre vision pour Béthune, les Béthunoises et les Béthunois constatent amèrement que rien ne bouge, que rien n’avance. Rien sur le quartier de la Gare où les habitants et les commerçants se désespèrent de voir un jour se réaliser le cinéma, les hôtels, les restaurants, le pôle tertiaire et le pôle d’échange que vous aviez promis. Rien pour un quartier vital qui doit être le lien entre les quartiers populaires du sud et la ville historique. Rien pour un quartier qui offre une image dégradée et dissuasive à ceux qui découvrent Béthune en descendant du train. Rien sur le projet d’extension d’Auchan qui aurait mérité un véritable débat sur son dimensionnement, son articulation avec le Mont-Liébaut et qui avec 400 millions d’€ d’investissement devait contribuer selon vous à redynamiser le commerce de centre ville et créer 1000 emplois, rien sinon 60000€ pour une voirie grand sud dans les investissements 2012. Rien sur le quartier de la rue de Lille où l’habitat insalubre, les friches et les marchands de sommeil continuent de prospérer alors que vous vous étiez engagés à les faire reculer. 

 

Bien sûr l’endettement est préoccupant, bien sûr la fiscalité locale trop élevée pénalise tous ceux qui paient l’impôt, les acteurs de la vie économique, les classes moyennes et les classes populaires déjà lourdement frappées par les taxes en tous genres. Le niveau des impôts locaux les dissuadent de venir s’installer à Béthune voire même les incitent à en partir. 

 

Pour autant comme ce budget nous y invite, faut-il baisser les bras, faut-il se résoudre à l’austérité au risque de s’enfoncer un peu plus dans la spirale du déclin, ou faut-il avoir de l’ambition et investir dans des projets qui renforcent l’attractivité de Béthune et incitent à venir s’y installer ? 

 

Pour ma part, je reste persuadé que pour diminuer notre dette, pour baisser la fiscalité, il faut bien sûr maîtriser nos dépenses de fonctionnement, il faut créer une offre de logements adaptés aux nouvelles exigences de vie des populations, attirer ces nouveaux habitants qui par leur contribution supplémentaire feront baisser le niveau de nos impôts. Mais ils ne viendront que si Béthune leur propose de l’activité économique, de l’emploi, des commerces adaptés aux nouvelles formes de consommation, des formes de transports performantes et respectueuses de l’environnement, des loisirs ainsi qu’une vie culturelle et sportive riche et variée. En un mot que par des investissements judicieusement choisis Béthune retrouve sa force de ville centre de l’agglomération, attractive et dynamique pour tout l’arrondissement, ce qui aujourd’hui n’est plus le cas.

 

Pour toutes ces raisons je ne voterais pas ce budget 2012 non par opposition systématique mais tout simplement parce qu’il n’est pas au niveau de l’ambition que méritent Béthune, les Béthunoises et les Béthunois et que chaque année passée dans l’immobilisme rendra plus difficile les possibilités de nous en sortir, ce que je ne souhaite pas.

 

 

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Publié dans Dans le Béthunois

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