Pour la reconnaissance pleine et entière des victimes de l’amiante

Publié le par Daniel Boys

L’amiante est une famille de minéraux connu depuis des siècles. Son exceptionnelle résistance aux très hautes températures, pour un coût environ 5 fois moindre que les fibres artificielles, a conduit à son utilisation massive dans de multiples secteurs de l’industrie. Il rentrait ainsi dans la composition de plus de 3000 produits, dont « l’amiante-ciment » qui représentait, jusqu’à son interdiction en 1997, près de 90% des importations françaises d’amiante.
 
Pourtant, tout au long du XXéme siècle, les chercheurs ont régulièrement démontré le caractère hautement cancérigène de certaines formes d’amiante. C’est pour cette raison que le Royaume-Uni, dès 1931, et les Etats-Unis, dès 1946, ont limité son usage et mis en œuvre des réglementations de protection des ouvriers de l’amiante. La France, au contraire, est demeuré pendant des décennies aussi aveugle devant l’évidence médicale qu’elle était réceptive au discours des lobbies de promotion de l’amiante. Bien tardivement, les pouvoirs publics ont pris conscience de ce qui sera sans aucun doute comme l’une des plus grandes catastrophes sanitaires que nous n’ayons jamais connu. Ainsi, selon le rapport du Sénat publié en octobre dernier, l’amiante est déjà responsable de la mort de plus de 35 000 personnes. D’ici vingt ans, ce sont plus de 100 000 décès supplémentaires qui seraient directement imputables à cette indifférence coupable.
 
Devant ce drame, des mesures ont été prises pour le désamiantage de milliers de bâtiments mais le gouvernement se devait également de mettre en œuvre les moyens adaptés pour la reconnaissance des victimes et la mise en lumière des responsabilités de chacun. Force est de constater ce n’est actuellement pas le cas. Au drame personnel d’un travailleur de l’amiante et de sa famille s’ajoute souvent les pires difficultés pour être officiellement reconnu comme victime d’une maladie professionnelle. Au drame collectif des victimes et veuves de l’amiante s’ajoute cette fois le peu de moyens accordé par la chancellerie au pôle de santé publique du tribunal de Paris crée en 2002. Si l’on intègre à cela la loi Fauchon relative aux délits non intentionnels, utilisée récemment pour disculper des industriels responsables de l’empoissonnement par l’amiante de leurs salariés, on en viendrait à penser que l’organisation d’un procès pénal n’arrange pas le pouvoir en place...
 
Les victimes de l’amiante ont besoin de la reconnaissance de la République. Cette reconnaissance ne sera complète que lorsqu’elle s’accompagnera d’un procès pénal où toutes les responsabilités, notamment du trouble « Comité Permanent Amiante », seront mises au jour.
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Publié dans Archives 2005-2009

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