La fusion GDF - SUEZ ou la mise en faillite délibérée du service public de l’énergie

Publié le par Daniel Boys

Selon les termes de la loi du 9 août 2004, défendue par Nicolas Sarkozy alors Ministre de l’Economie et des Finances, « GDF et EDF resteront des entreprises publiques majoritairement détenues par l’Etat ». Les promesses de la Droite n’engageant que ceux qui y croient, il ne peut y avoir de fusion GDF - SUEZ sans privatisation préalable de la grande entreprise publique.

En privatisant GDF, la Droite mettra en péril notre indépendance énergétique.

Nous le savons tous, les ressources énergétiques mondiales se raréfient. Le temps de l’énergie abondante, et donc bon marché, est derrière nous. C’est la raison pour laquelle l’énergie est un outil géostratégique majeur, qui devient déterminant pour l’avenir des grandes puissances économiques mondiales. Ainsi, en privatisant GDF, le gouvernement nous privera d’un outil industriel performant qui nous fera défaut dans les années qui viennent : la France deviendra immanquablement dépendante du bon vouloir d’intérêts privés pour l’accès à l’énergie. A court terme, c’est le gaz qui augmentera. A plus long terme, c’est l’ensemble de notre économie qui deviendra plus vulnérable du fait de la baisse de la sécurité en approvisionnement énergétique du pays.

Le caractère public de Gaz de France est totalement adapté à notre temps. Pour s’en convaincre, il suffit de constater les « succès » de la privatisation du gaz chez nos voisins européens. Au Royaume-Uni, par exemple, les prix ont augmenté (+22 % le 1er mars 2006) et le service rendu aux usagers a périclité (par manque de personnel, des milliers de britanniques sont restés sans chauffage pendant plusieurs semaines cet hiver !).

En privatisant GDF, la Droite fera payer la facture aux consommateurs

La privatisation rapportera de l’argent au budget de l’Etat. Mais, en réalité, c’est vous qui payerez la facture de la privatisation. L’Etat perdra la possibilité de s’opposer aux hausses irraisonnables du gaz. Le gouvernement nous rétorquera que la mise en concurrence nous est imposée par Bruxelles et que, de toutes façons, la libéralisation du gaz profitera aux consommateurs, à l’instar de la libéralisation des Télécoms. C’est de l’intox pure et simple. D’abord, la mise en concurrence n’est en rien synonyme de privatisation, comme l’a rappelé le Commissaire Européen à la Concurrence Mario Monti. Ensuite, comparer les télécoms, qui sont un pur produit technologique, avec le gaz, qui est une ressource naturelle non renouvelable, n’a pas le moindre sens.

A l’image frappante du pétrole, les cours du gaz ne peuvent qu’augmenter. Le tout est de réguler son prix final pour le consommateur et c’est bien justement cela que le secteur privé n’a pas vocation à faire. L’objectif de GDF privatisée sera de faire profiter ses actionnaires de dividendes. Bref, de gagner le maximum d’argent à court terme au détriment, en premier lieu, des usagers et, en deuxième lieu, de l’investissement de long terme.

En privatisant GDF, la Droite mettra fin au service public de l’énergie

Les Français sont légitimement fiers de leurs services publics car ils savent que nombre de pays au monde nous les envient. Ils ont raison. EDF, en tant qu’entreprise publique, pratiquait les plus bas prix d’Europe ! Son capital en partie ouvert, elle est encore parmi les entreprises de production d’électricité les plus compétitives. Son efficacité pour l’accès de tous à l’électricité, y compris en cas de catastrophe naturelle, n’est plus à démontrer. La privatisation de GDF - fusionné avec Suez - a pour objectif avoué de « concurrencer EDF », c’est donc cela que souhaite le gouvernement ? Privatiser un fleuron de notre service public de l’énergie pour affaiblir l’autre ?

Ce projet du gouvernement, d’ailleurs peu soutenu par sa propre majorité, reviendra à l’Assemblée Nationale en septembre. Souhaitons que les vacances redonnent un semblant de raison à un premier ministre qui en a décidément bien besoin...

Publicité

Publié dans Archives 2005-2009

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
Je trouve ce commentaire particulièrement passéiste mais finalement assez révélateur de la position du PS actuellement. Je m\\\'explique :""A l’image frappante du pétrole, les cours du gaz ne peuvent qu’augmenter". Je ne sais pas d\\\'où vous tirez ces informations. Vous devriez aller voir votre banquier pour acheter des Call warrant sur des barils de pétrole vous gagneriez ainsi bcp d\\\'argent..."
Répondre
D
Je vous remercie de votre commentaire auquel vous me permettrez de corriger quelques points. Bien sûr, je vous rejoint concernant l’absolue nécessité de développer les énergies alternatives. A Béthune, le futur écoquartier de l’Horlogerie sera doté de panneaux photovoltaïques qui permettront une quasi-autonomie énergétique de ces logements. L’énergie ainsi produite sera-t-elle bon marché ? Non. On estime que le coût réel du KWh solaire est environ 3 à 4 fois supérieur aux autres énergies. D’autre part et surtout, vous oubliez la principale faiblesse du solaire : l’énergie est produite lorsque l’on en a le moins besoin. Or, comme vous le savez, l’électricité se stocke très mal. C’est d’ailleurs pour cette raison que les logements disposant d’installations photovoltaïques les plus performantes ne sont jamais totalement autonomes : en l’absence de dispositif de stockage adapté, l’électricité produite non consommée est revendue à EDF. Cette recette permet de compenser le coût de l’utilisation du réseau d’électricité traditionnel au moment où vous en avez le plus besoin (la nuit, en hiver). Enfin, indépendamment du coût de production et de la question majeure du stockage, c’est la surface de panneaux photovoltaïques nécessaire à nos besoins qui pose problème. Ainsi, pour assurer la production d’énergie électrique de notre pays, nous devrions recouvrir une surface à peu prés équivalente à la région Nord Pas-de-Calais ! Pour conclure, je réponds point par point à vos autres remarques : Relisez mon article. Je démontre justement que la seule subjectivité - passablement insupportable !-  qui prévôt actuellement, c’est celle du privé qui serait par on ne sait quel principe plus efficace que le public. <br /> 2 - « l’Etat ne peut pas influencer les tarifs du gaz » 3 - Les fréquences de téléphone mobiles s’apparentent au gaz car sont, elles aussi, limitées. 5 - « "A l’image frappante du pétrole, les cours du gaz ne peuvent qu’augmenter". Je ne sais pas d'où vous tirez ces informations. Vous devriez aller voir votre banquier pour acheter des Call warrant sur des barils de pétrole vous gagneriez ainsi bcp d'argent... »Quand au « Call Warrant », il s’agit d’une offre d’achat pariant sur la hausse des cours. En suivant votre raisonnement, vous vouliez sans doute dire « Put Warrant » ? Voir le point 2. Les « Jupettes » et « Balladurettes » sont des primes à la casse, permettant de renouveler le parc automobile. En faire un parallèle avec le gaz me parait pour le moins tiré par les cheveux. Entre réguler le prix du gaz - qui revient à faire porter l’effort sur les entreprises - et subventionner les consommateurs un gaz au prix libre - qui revient à faire payer à l’Etat, et donc au contribuable, la facture des hausses -, il n’y a pas de confusion possible. Je vous invite à lire à ce sujet l’article de Marc Touati, paru en octobre 2004, pour le compte de Natexis Banques Populaires. Le capitalisme d’aujourd’hui n’est décidément plus celui qu’évoquait Helmut Schmidt.     http://www.alpes.banquepopulaire.fr/Actualite/ArchEco2004/eco42.asp<br />  <br /> <br />