Chers collègues,
Les intervenants de la table ronde de ce matin ont tous souligné que notre façade maritime portuaire est un élément essentiel de l’économie régionale.
Avec ses 3 ports de Boulogne, Calais, Dunkerque, elle constitue une plateforme logistique de référence dans le nord-ouest européen pour les échanges entre l’Europe du nord et l’Europe du sud, les échanges transmanche et les échanges avec le reste du monde.
A l’heure de la mondialisation des échanges et de l’économie, l’ensemble du territoire de la région Nord Pas-de-Calais peut devenir un immense hinterland de la façade maritime.
Conscient de cet enjeu majeur pour notre développement économique et social, le Conseil Régional, par sa politique transports, a déjà préparé notre région à cette mutation profonde de notre économie.
Pour mémoire :
- Notre soutien significatif au développement des ports (55 millions d’euros inscrits au CPER 2000 - 2006).
- Notre implication dans le développement et la modernisation des infrastructures de transports permettant de mieux irriguer le territoire régional, que ce soit les infrastructures routières, ferroviaires, les canaux ou les ports fluviaux.
- Notre volonté de favoriser le transport multimodal.
- Notre engagement comme partenaire de VNF pour la mise en place de Seine Nord Escaut, le relèvement des ponts afin de mieux relier par la voie d’eau notre façade maritime et l’Est de notre région aux échanges européens Nord/Sud générés par les grands ports de l’Europe du Nord.
Dans ce contexte, chacun de nos 3 ports possède des atouts et des faiblesses :
- Atouts d’abord puisque, par la logique même de leur développement, ils se sont plutôt spécialisés dans une activité : halieutique pour Boulogne, trafic voyageurs transmanche pour Calais et fret pour Dunkerque.
- Atouts parce qu’ils représentent un potentiel économique de première importance pour la région, ne serait-ce que pour le nombre d’emplois.
- Atouts parce qu’au moins pour deux d’entre eux ils sont leaders sur le plan européen.
- Faiblesses ensuite dans la mesure où chacun des ports pris séparément n’a pas la masse critique technique, commerciale et financière suffisante face aux grands ports de l’Europe du Nord que sont Zeebrugge, Anvers ou Rotterdam. Faiblesse aussi dans la mesure où ils développent aussi des activités concurrentielles.
La délégation de la gestion des deux ports non autonomes de Calais et Boulogne aux collectivités locales ou territoriales constitue un enjeu stratégique de première importance puisqu’elle peut nous permettre de rendre cohérente et efficace une politique portuaire, trop individualisée, trop parcellisée.
Pour ce qui concerne les deux ports de Boulogne et de Calais, les enjeux dépassent le niveau régional et à fortiori le niveau de l’agglomération.
Une délégation des ports aux seules intercommunalités n’est pas à la dimension des enjeux économiques et stratégiques eurorégionaux que représentent ces ports pour l’ensemble de la région mais aussi de la France.
Mais surtout le nouveau contexte financier issu des lois de décentralisation, l’incertitude sur l’avenir des contrats de plan qui permettraient des financements croisés, le désengagement de l’Etat, l’assèchement des fonds européens et le recentrage de la région et des départements sur leurs compétences risque de voir les intercommunalités incapables de financer seules les investissements nécessaires à la modernisation et au développement de ces ports.
C’est le regroupement des forces de la région, du département et de l’agglomération au sein d’un syndicat mixte pour chacun des deux ports, qui permettra de mobiliser les financements nécessaires provenant des différentes collectivités et de gérer de façon collective les retombées économiques attendues. Cette solution a l’avantage d’associer toutes les parties prenantes aux décisions mais aussi de prendre en compte les intérêts locaux au sein d’une réflexion globale régionale.
La situation des deux ports est différente : Calais est excédentaire avec des infrastructures en bon état alors que Boulogne est déficitaire avec des infrastructures dégradées dont la remise en état est coûteuse (110 millions d’euros).
La faiblesse de la dotation de décentralisation (moins de 5 millions d’euros par an pour les deux ports) ne nous permettra pas de faire face à la totalité des besoins pour la rénovation et le développement des ports. C’est pourquoi, avant transfert au concédant, il nous faudra demander à l’Etat de participer au financement de la remise en état des infrastructures dont il avait la charge et qu’il n’a pas assumé.
Bien sûr, notre engagement en faveur des ports a un coût, mais il est cohérent avec notre politique économique et notre politique de transports. Face à une concurrence européenne de plus en plus forte, avec des entités fortement structurées que sont Zeebrugge, Anvers et Rotterdam, puissantes sur le plan financier, économique et commercial, il faut utiliser l’opportunité de la décentralisation pour pallier aux faiblesses de notre façade portuaire éclatée en trois unités qui ne luttent pas à armes égales avec leurs concurrents de l’Europe du nord.
Une conférence portuaire associant les trois ports est la structure de développement qui semble la mieux à même de répondre à ce nécessaire besoin de synergie sans lequel nos trois ports continueront de parler de manière isolée et peu efficace dans le concert des grands ports nord européens.
Un tel organisme de coopération doit avoir pour mission :
- D’être un lieu d’échange et de concertation pour dégager à moyen terme les points forts spécifiques et complémentaires de chacun des ports, tout en conservant pour chacun d’eux sa capacité d’initiative en relation avec son environnement géographique et économique.
- De mutualiser les moyens techniques, financiers et commerciaux seuls gages d’une compétitivité conquérante pour remporter de nouveaux marchés.
- De rechercher une réduction des coûts de fonctionnement de chaque port par une gestion pour une action commerciale d’envergure.
L’ouverture de la région Nord Pas-de-Calais aux échanges européens et internationaux par l’intermédiaire d’un façade maritime cohérente où tous les acteurs mutualisent leur moyens sera à terme vecteur d’activités nouvelles et de richesses.
C’est là un enjeu majeur pour notre territoire. Nous sommes certainement à un nouveau tournant de notre histoire économique. La mondialisation des échanges, le raccourcissement des distances par le développement et la modernisation des infrastructures de communication font que notre région Nord Pas-de-Calais par sa situation géographique, ses infrastructures de transport, son potentiel humain a tous les atouts pour devenir un pole majeur de développement au Nord de l’Europe.
Rappelons nous que l’aire métropolitaine Lilloise avec son formidable dynamisme économique est à 80 kms de notre façade maritime, ce qui n’est en fait que la dimension des plus grandes conurbations mondiales.
Face à cet enjeu stratégique majeur pour notre avenir la région Nord Pas-de-Calais doit prendre toute sa place dans la mise en œuvre de cette nouvelle dynamique.