REVUE DE PRESSE
LA VOIX DU NORD EDITION BETHUNE DU 23/04/12
Local de Daniel Boys. - 20 heures. Le score de F. Hollande est accueilli sous les applaudissements. Séance de psychothérapie politique de groupe, on relâche la pression, on fustige quelques insultes contre le candidat sortant. Le local n'est pas grand, on se marche sur les pieds. On a un peu anticipé les résultats puisque, paraît-il, un buffet froid devait permettre de poursuivre la soirée. Mais l'appétit était-il au rendez-vous ? La joie a vite laissé place à l'inquiétude, et au souvenir d'une défaite socialiste il y a cinq ans.
LA VOIX DU NORD EDITION BETHUNE DU 24/04/12
Excellente analyse du journaliste
mardi 24.04.2012, 05:01 - La Voix du Nord
Sur le papier, la candidate du FN fait moins bien que son père qualifié pour le deuxième tour en 2002. Dans les chiffres, Marine Le Pen le dépasse largement. Elle progresse même partout dans le Béthunois, ramène sur son nom de famille parfois le double d'électeurs que 10 ans plus tôt et confirme que le territoire se tourne vers l'extrême droite.
1. Premières places : avantage au papa. Qualifié pour le deuxième tour avec un score inférieur à sa fille, Jean-Marie Le Pen a profité en 2002 de l'abondance de candidats - seize au total dont pléthore à gauche - pour prendre la tête dans 18 communes. En plongeant dans les archives, on constate souvent des scores inférieurs à 20 %, réalisant son meilleur résultat à Haisnes (21,65 %), alors que sa fille dépasse ce seuil dans la grande majorité des communes, passant souvent le cap des 30 %. Si Jean-Marie Le Pen a payé en 2007 l'opération siphonnage de Nicolas Sarkozy, sa fille qui parvient tout de même à se hisser en tête dans 12 communes cumule les deuxièmes places derrière un candidat socialiste à des niveaux presque mitterrandiens. Notons parmi les communes qui l'ont mise devant qu'Auchy-les-Mines, Beuvry, Bouvigny-Boyeffles, Haisnes ou Essars récidivent quand d'autres communes aussi diverses que les ex-cités minières Labourse et Hersin-Coupigny ou les communes rurales Calonne-sur-la-Lys et Robecq avaient placé Jospin ou Chirac en tête en 2002.
2. Beaucoup plus de voix pour la fille. C'est en regardant plus loin que la seule place qu'on s'aperçoit à quel point la base de l'électorat d'extrême droite s'élargit. Ce que laissaient déjà présager les scores du FN aux élections régionales en 2010 puis la qualification de ses candidats au deuxième tour dans tous les cantons du Béthunois l'an dernier. Ces résultats pouvaient aussi être interprétés comme un trompe-l'oeil tant l'abstention était forte. La nouveauté ici vient de la conjugaison d'un taux de participation élevé et d'un FN très fort. Le score de la fille étant très supérieur à 2002, ça signifie que l'électorat gonfle, parfois double de volume.
En 10 ans, quelques évolutions frappent. À Labourse où le maire est socialiste, le candidat du FN passe de 16,54 en 2002 à 32,79 dimanche. Le père attirait 170 électeurs sur le nom de famille, la fille 467... On peut toujours s'attarder sur l'augmentation de la participation, les quelques inscrits supplémentaires, voire même sur les 29 voix qui avaient préféré l'autre candidat d'extrême droite, Bruno Mégret, cela n'explique qu'une petite partie du boom extrémiste.
Le Béthunois, partagé entre l'ex-bassin minier, urbain, et le Bas-Pays, rural, est touché dans les mêmes proportions par la poussée du FN. On le constate notamment dans les anciens fiefs communistes, tels Annequin (+ 275 votes FN), Auchy (+ 416), Haisnes (+ 366) ou Hersin (+ 449). On le remarque aussi sur les terres agricoles. Devancée par Hollande, la fille Le Pen fait, par exemple, presque jeu égal avec Nicolas Sarkozy sur les terres du député UMP André Flajolet, là où Chirac devançait nettement son père. Elle arrive surtout en tête dans les villages réputés sans histoire, naguère attirés par la droite républicaine : Robecq (235 voix FN contre 106 en 2002), Mont-Bernanchon (260 contre 121) ou Calonne-sur-la-Lys (279 contre 192). Sous Sarkozy, le monde rural penche vers l'extrême.
3. À Béthune, un score historique. En 2002, le père virait en tête dans un bureau de Catorive et à Verquigneul à l'époque où la commune était fusionnée avec Béthune. Si sa fille reste leader à Verquigneul, elle ne prend la première place nulle part à Béthune. Mais, de la rue de Lille au Mont-Liébaut, la percée du FN se distingue très clairement dans les chiffres. Dans une ville où Sarkozy s'accroche encore en deuxième position, Marine Le Pen totalise près de cinq points de plus que le score référence de son père 2002 (20,93 contre 16,25), ce qui représente presque 600 électeurs supplémentaires. •