Revue de Presse - Le Monde - Edition du 30 juin 2011
Ce n'est pas un hasard si, au Parti socialiste, la compétition entre Martine Aubry et François Hollande a commencé dans le Nord - Pas-de-Calais. C'est une terre symbolique où les affrontements ont souvent été rudes. Martine Aubry semble démarrer avec un avantage. Les deux secrétaires fédéraux, Gilles Pargneaux et Catherine Génisson, la soutiennent. Comme les présidents des conseils généraux, Patrick Kanner et Dominique Dupilet.
Patrick Kanner dirigeait le PS lillois lors de l'arrivée de Mme Aubry en 1995. L'ambiance était alors très tendue : Bernard Roman, le dauphin supposé de Pierre Mauroy, acceptait mal ce parachutage. Depuis, Patrick Kanner est monté en grade. Il est devenu président du conseil général remplaçant Bernard Derosier. Ce proche de François Hollande a tiré sa révérence au printemps en déclarant, lors d'une ultime conférence de presse, que la première secrétaire « n'avait pas les qualités humaines » pour être président de la République.
Malgrés ces tensions, Pierre de Saintignon, premier adjoint au maire de Lille, estime que dans le Nord « 90 % des militants soutiennent Martine Aubry ».
La rénovation prend le visage de jeunes femmes comme Hélène Parra, jeune conseillère régionale. Venue au PS dans le Lot le 21 avril 2002, puis immigrée dans le Nord en 2005, elle soutient désormais Benoît Hamon. Il reste cependant quelques irréductibles : tout au nord de la métropole lilloise, le Dunkerquois Michel Delebarre s'est prononcé pour François Hollande à qui il s'avoue « lié par fidélité » tandis qu'au sud, du côté de Valenciennes, Maubeuge ou Fourmies, on rechigne un peu à suivre la patronne du PS.
Moins rebelle
Ecarté de la liste PS des sénatoriales de septembre, le sénateur du Nord, Bernard Frimat, est lui aussi un soutien François Hollande. « Je comprends son amertume, note Christian Marie Wallon-Leduc, ex-doyen de la fac de droit à Lille 2, il a fait un bon boulot à la commission des lois, il est remercié car il n'apparaît plus utile, il n'est ni maire, ni conseiller général, donc il n'est pas un relais des électeurs. »
Ceux qui critiquent Mme Aubry se font discrets. Ni le président du conseil régional, Daniel Percheron, ni son premier vice-président, Bernard Roman, n'ont répondu à nos questions. Le Pas-de-Calais, qui a coutume d'afficher son autonomie voire sa différence, se montre moins rebelle.
Pour Dominique Dupilet, président du département, « si le Pas-de-Calais ne veut pas être marginalisé, il doit saisir le train lillois ». « Pousser la maire vers un destin national représente une chance extraordinaire », poursuit-il. Il juge que la fédération soutiendra à 60 % Mme Aubry.
Il suffit cependant de regarder qui était à Arras, pour accueillir M. Hollande, mardi 28 juin, pour connaître ses supporters : M. Percheron, les députés Albert Facon et Odette Duriez... Plus Frédéric Cuvillier, jeune maire de Boulogne, où M. Hollande effectua son premier déplacement de campagne le 31 mars. Deux vieux briscards, Jean-Pierre Kucheida, le député et maire de Liévin, et le sénateur Michel Sergent ferment le ban.
Et Ségolène Royal ? Son recul dans les sondages nationaux se confirme ici. Un exemple : Daniel Boys et ses jeunes militants d'Aujourd'hui pour Béthune ont choisi Mme Aubry. Il était en 2007 le porte-parole de Mme Royal.