Le désengagement de l'Etat met en péril les IME de l’Artois

Publié le par Daniel Boys

Nous ne pouvons que relayer le cri d’alerte de Betty Lokaj, directrice des IME de Noeux et d’Annezin.

Article, La Voix du Nord, édition Béthune du 12/12/11.

 

« Nous ne sommes pas des pleureuses. » Hervé Clodet tient à le préciser au nom des responsables de la Vie Active réunis ce jour-là pour dénoncer les difficultés rencontrées par leur structure respective. Pour tirer la sonnette d'alarme surtout. Car l'heure est grave pour les directeurs des Instituts médicaux éducatifs qui, rappelons-le, accueillent des enfants et adolescents déficients intellectuels orientés par la Maison départementale de la personne handicapée (MDPH). Il ne s'agit plus ici de réclamer une petite rallonge budgétaire, mais bien de combler des déficits devenus abyssaux depuis la mise en place de l'Agence régionale de la santé, enfantée en 2010 par la loi Hôpital patients santé territoire.

« Acculés »

« Car nos établissements sont systématiquement et structurellement déficitaires. La DDASS (avalée par l'ARS) le savait, le prenait en compte et reprenait systématiquement nos déficits. », explique Betty Lokaj, directrice des petits IME de Noeux et Annezin.

Ce déficit est originel et le besoin a crû au fil des ans. Il se lit aussi dans les chiffres, les instituts de l'Artois ayant toujours été moins dotés, rapportent les directeurs. Le coût moyen d'un élève estimé à 37 948 E au niveau national tombe à 26 480 E dans le département et... 12 900 E dans l'Artois quand le ratio d'encadrement s'établirait à 0,35 équivalent temps plein ici contre 0,61 au niveau national. « Et puis, les moyens sont en décalage avec la réglementation de plus en plus draconienne », observe le directeur de l'ESAT Bully/Noeux dont l'établissement à destination des travailleurs adultes handicapés doit se dépatouiller avec une dotation de 11 326 E pour une place contre 12 549 E dans le Pas-de-Calais.

« Nous sommes aujourd'hui acculés, insiste Betty Lokaj. Nous ne pouvons plus payer les factures d'eau, d'électricité et, surtout, le personnel. On ne demande pas la lune, juste remonter au niveau de la moyenne départementale. Nous sommes conscients des difficultés de l'État.

 

» Un chiffre ? « Pour l'ensemble des IME de la Vie Active, il nous manque 2 millions d'euros. » Dans ses petits établissements, Betty Lokaj devrait fermer 55 places sur 180 pour attraper la moyenne départementale. Pour revenir au niveau français, c'est plus de la moitié des places qu'il faudrait supprimer. Ce qui, au-delà d'être humainement inconcevable, est de toute façon impossible dans la mesure où les enfants et adolescents sont orientés par la MDPH et ne peuvent être refusés. En clair, si l'ARS ne revoit pas leur dotation à la hausse, les IME du secteur seront contraints de fermer progressivement.

Si la situation semble un peu moins dramatique à l'ESAT, elle n'en demeure pas moins extrêmement préoccupante, selon Hervé Clodet. Lui rapporte des déficits de 57 700 E pour 2009 et 92 300 E pour 2010. Il insiste sur le fait qu'on ne peut pas juger son établissement à l'aune de la rentabilité. « Ce ne sont pas des travailleurs de droit commun. Ils ont un statut spécifique de travailleurs handicapés », rappelle-t-il. Une évidence qui ne semble plus sauter aux yeux de sa structure de tutelle alors même que les objectifs contractualisés avec l'État n'ont pas été rempli par celui-ci. « On devait avoir 75 places sur 5 ans. Il nous en manque 33 à la 4e année. Et on devait avoir une revalorisation du budget de 0,80 % par an. Nous sommes bien à 0,8 % mais en 4 ans. » Et de pointer ce qui pend au nez de l'ESAT si l'ARS ne met pas la main à la poche. « Cela se traduira par une sélection à l'entrée, une compétition entre personnes déclarées inaptes à travailler dans le monde professionnel ordinaire. » Autrement dit, mettre le handicap en concurrence. •

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Publié dans Dans le Béthunois

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